Une enquête met en lumière la minimisation de la douleur des femmes

Selon des enquêtes menées par la Fédération hospitalière de France avec Ipsos en 2025 et 2026, 43 % des femmes déclarent que leur douleur a été minimisée ou ignorée par un professionnel de santé. Ces données traduisent une inquiétude largement partagée face aux biais de genre dans la prise en charge médicale.

Une expérience personnelle révèle un problème systémique

La gynécologue-obstétricienne Juju la Gygy se souvient d'une expérience survenue lors de son premier stage en orthopédie, où la douleur d'une patiente pendant la pose d'une prothèse avait été balayée par un anesthésiste qui avait déclaré : « Mais non, elle dort, ce n'est qu'un rêve. » Cette anecdote illustre un problème plus large : la minimisation de la douleur des femmes dans la pratique médicale.

Un manque de formation spécifique au genre

Juju la Gygy souligne que, durant sa formation médicale, aucun enseignement spécifique n'a porté sur les différences entre patients masculins et féminins, à l'image de la dermatologie qui a longtemps été enseignée sur la peau blanche sans tenir compte des autres carnations. Ce manque de formation contribue aux inégalités dans les résultats de soins.

Un sous-financement des maladies propres aux femmes

Elle insiste sur le fait que si les gynécologues sont formés à prendre en charge les femmes dans leurs spécificités biologiques, les maladies touchant principalement les femmes restent sous-financées par la recherche. Elle attribue cette situation au fait que les hommes tiennent les cordons de la bourse en France, ce qui influence les priorités de la recherche.

La défiance envers un système paternaliste

La défiance envers le système de santé, selon Juju la Gygy, résulte d'un système souvent paternaliste, en retard sur le plan du temps, des moyens et des effectifs. Elle a conduit les femmes à chercher des informations et du soutien ailleurs, notamment sur les réseaux sociaux, où de pseudo-professionnels peuvent profiter de cette crainte pour vendre leurs propres services.

Les conséquences concrètes d'une négligence médicale

Un exemple particulièrement frappant de cette défiance est celui d'une patiente de la cinquantaine qui saignait depuis plusieurs mois sans avoir consulté de gynécologue, ce qui a conduit à la découverte d'un cancer de l'utérus à un stade avancé. La déclaration de la patiente selon laquelle « les gynécologues, ce sont tous des grossophobes » traduit un sentiment d'incompréhension ou de maltraitance de la part du système de santé.

Une parole limitée sur la santé sexuelle des femmes

Juju la Gygy aborde également la santé sexuelle des femmes dans une perspective plus large. Elle relève qu'au cours de sa formation, les discussions sur la sexualité se limitaient à la contraception, aux infections sexuellement transmissibles et à l'avortement, sans aborder le plaisir ni le consentement. Elle souligne l'importance d'aborder ces sujets lors des consultations postnatales.

Solutions proposées et exemples étrangers

Pour apporter une aide concrète aux femmes, Juju la Gygy cite le système néerlandais de kraamzorg, qui assure des soins postnatals à domicile, et suggère la mise en place d'un congé paternité obligatoire pour favoriser l'égalité à l'embauche. Elle imagine un système de santé idéal pour les femmes, incluant une prise en charge complète de la ménopause, faisant intervenir plusieurs spécialistes et offrant un accompagnement global.

Biais de genre dans le matériel médical et la formation

La question de la formation médicale fondée sur le corps masculin est également mise en avant : 95 % des mannequins de premiers secours représentent des torses masculins, ce qui entraîne, lors des infarctus, un retard de prise en charge de 30 minutes pour les femmes ainsi que des taux de mortalité hospitalière plus élevés. Par ailleurs, 55 % des femmes souffrent d'hypertension sans le savoir, ce qui souligne la nécessité de contrôles réguliers de la tension artérielle.