Alors que de plus en plus de femmes en France choisissent d’éviter les contraceptifs hormonaux, dont la pilule contraceptive, un nombre croissant d’entre elles n’utilisent désormais aucune méthode de contraception. Cette tendance a été observée par Nathalie Bajos, directrice de recherche à l’Inserm et présidente du Conseil national du sida et des hépatites virales. Selon elle, en 2023, près d’une femme sur dix (9 %) n’a eu recours à aucune contraception pour ses rapports sexuels, un chiffre en hausse depuis le milieu des années 2010. Ce changement reflète une évolution plus large dans la manière dont les femmes appréhendent la contraception et la santé reproductive. Mi-septembre, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a annoncé que 1,6 million de femmes ayant pris un contraceptif contenant du désogestrel recevraient un courrier les informant d’un risque légèrement accru de développer un méningiome, un type de tumeur cérébrale. Les pilules contenant l’hormone désogestrel (Antigone, Cerazette, Elfasette et Optimizette) présentent un risque « faible », mais cette annonce a encore alimenté le scepticisme et les inquiétudes quant à la sécurité de la pilule. Cela a contribué à une désaffection croissante envers la contraception hormonale en France. Nathalie Bajos explique que plusieurs facteurs expliquent cette hausse du non-recours à la contraception. Les obstacles financiers jouent un rôle majeur, en particulier pour les femmes issues de milieux socio-économiques défavorisés ou pour les migrantes. Par ailleurs, la polémique autour des pilules contraceptives de troisième génération a renforcé un mouvement de rejet des méthodes hormonales, avec une volonté croissante d’éviter une contraception médicalisée et de partager la responsabilité contraceptive avec les partenaires. Cette tendance touche surtout les femmes plus jeunes. Bien que des méthodes barrières comme les préservatifs ou les diaphragmes soient disponibles, elles sont moins utilisées, signe d’un changement plus profond dans la perception de la contraception. Les jeunes générations ont tendance à avoir plus de partenaires sexuels et à privilégier des rapports moins centrés sur la pénétration, y compris davantage de relations homosexuelles, moins compatibles avec des méthodes comme la pilule. Cette évolution des comportements sexuels a contribué au déclin de l’usage des contraceptifs traditionnels. Le non-recours à la contraception est un phénomène complexe aux causes multiples. Si la hausse des grossesses non désirées et des interruptions volontaires de grossesse (IVG) pourrait suggérer une dégradation de la couverture contraceptive, il faut aussi prendre en compte que de nombreuses femmes, en particulier les plus jeunes, sont aujourd’hui plus enclines à interrompre une grossesse non planifiée qu’auparavant. On observe également une résurgence des infections sexuellement transmissibles (IST) chez les jeunes, qui manquent souvent d’informations fiables sur la contraception. Certains discours anti-pilule véhiculent des affirmations trompeuses, comme « la pilule tue », mais il ne faut pas ignorer le mouvement plus large qui prône une approche plus partagée de la contraception et une moindre médicalisation. Les préservatifs sont moins utilisés lors des premiers rapports ou avec de nouveaux partenaires, une pratique pourtant cruciale pour la prévention des IST. Peu de gens y ont recours comme méthode contraceptive. On constate aussi une augmentation de l’usage de méthodes naturelles, comme le retrait ou le suivi des cycles de fertilité, qui sont moins efficaces que d’autres formes de contraception. Ces méthodes augmentent les risques de grossesses non désirées et d’IST, mais il est important que les femmes soient informées de leurs limites. D’un point de vue de santé publique, mieux vaut utiliser une méthode, même imparfaite, que de ne pas en utiliser du tout. La méthode contraceptive la plus efficace est celle qui correspond le mieux aux besoins de chaque individu. L’efficacité théorique peut différer de l’efficacité pratique : une jeune femme soumise à des pressions sociales contre l’activité sexuelle peut oublier ou cacher sa pilule. Il revient aux individus de choisir la contraception qui leur convient le mieux. Les femmes qui ne peuvent pas se payer un contraceptif doivent y avoir un accès facile et gratuit, et les hommes comme les femmes doivent pouvoir choisir la méthode qui leur convient. Aucune méthode contraceptive n’est totalement sans risque, et il n’existe pas de méthode idéale pour tout le monde.