Le 7 octobre, le secrétaire d’État américain a prononcé un discours à Athènes, s’appuyant sur l’héritage de la civilisation grecque antique pour esquisser une nouvelle vision du pouvoir et de l’identité occidentale. Ce discours faisait écho à une allocution similaire, prononcée en février 2025 lors de la conférence de Munich, où l’administration avait présenté une stratégie de « l’effacement civilisationnel » et du « déclin contrôlé de l’Occident ». À Athènes, le secrétaire d’État a retracé la lignée de la civilisation occidentale, de la Grèce antique à l’Empire romain, jusqu’à l’Amérique moderne, citant des figures historiques comme Léonidas, Achille, Alexandre le Grand et Hernán Cortés.
Selon le secrétaire d’État, l’Occident doit choisir entre poursuivre sa trajectoire actuelle de puissance nationale ou affronter un avenir marqué par « l’atrophie, la servitude et le déclin ». Le discours a insisté sur la nécessité d’une nouvelle élite, affranchie des contraintes démocratiques, afin de préserver l’influence mondiale des États-Unis. Cette idée s’inscrit dans les courants idéologiques post-libéraux et technocratiques, et s’insère dans un changement idéologique plus large au sein de la deuxième administration Trump, comme détaillé dans la Stratégie nationale de sécurité américaine de décembre 2025.
Le contexte politique du discours a été marqué par une polémique impliquant l’ambassadrice américaine, Kimberly Guilfoyle, qui aurait déclaré à un ministre grec que Washington pourrait remplacer des gouvernements dans d’autres pays. Cette déclaration a donné lieu à une enquête menée par le député démocrate Gregory Meeks. La situation illustre les tensions croissantes entre les États-Unis et leurs alliés européens, ainsi que l’influence des mouvements d’extrême droite dans les deux régions.
Le secrétaire d’État a évoqué le Parthénon comme symbole de l’héritage durable de la civilisation occidentale. Cependant, des critiques ont souligné que l’utilisation du Parthénon pour promouvoir une alliance « à somme non nulle » est historiquement trompeuse. Comme l’a décrit l’historien Thucydide dans le Dialogue des Méliens, Athènes antique fonctionnait selon un système d’exploitation et de tribut via la Ligue de Délos. Le discours a également mis en avant des accords récents entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland comme exemples de coopération transatlantique réussie, appelant à une augmentation des dépenses de défense et à un recentrage sur la réindustrialisation de l’économie et la domination des technologies futures.
Le secrétaire d’État a établi des parallèles entre les valeurs de la Grèce antique et les idéaux américains modernes, mettant en avant l’ambition individuelle, l’exploration et la quête de l’excellence. Cette narration a été critiquée pour privilégier l’excellence aristocratique au détriment des principes démocratiques, reflétant l’influence de la pensée straussienne et ses interprétations par les « straussiens de la côte Ouest ». Le timing du discours, à la veille des élections de mi-mandat aux États-Unis et des élections européennes, a soulevé des questions sur l’avenir de la civilisation occidentale dans la politique mondiale et sur la possibilité d’un virage réactionnaire tant en Amérique qu’en Europe.
Le discours du secrétaire d'État américain à Athènes suscite un débat sur la civilisation occidentale et les alliances mondiales
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