La guerre américano-israélienne contre l'Iran s'enlise dans un conflit prolongé, les responsables américains invoquant l'histoire antique pour la présenter comme un affrontement de civilisations.
Un changement dans le récit de la guerre américano-israélienne
Neuf mois après le début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, les objectifs initiaux annoncés par Washington ont évolué, et le conflit s'installe dans la durée. La guerre, qui a commencé le 28 février 2026, était au départ présentée autour d'objectifs précis, comme empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire et limiter ses capacités militaires. Or ces objectifs ont depuis changé, et la guerre n'a plus de terme clair.Le discours de Rubio à Athènes
Le 7 octobre 2026, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a prononcé à Athènes, en Grèce, un discours établissant des parallèles entre l'histoire antique et le conflit actuel avec l'Iran. Il a évoqué le roi perse Xerxès et la destruction de l'Acropole, faisant de la reconstruction d'Athènes un symbole de la résilience occidentale. Rubio a présenté la guerre comme une partie d'une lutte civilisationnelle plus large, soulignant la continuité de la puissance occidentale à travers des figures comme Alexandre le Grand et Hernán Cortés.Le contexte historique du discours
Le discours de Rubio n'assimilait pas explicitement l'Iran à l'ancien Empire perse, mais la référence historique n'est pas neutre. Le choix de mettre en avant les guerres médiques revient implicitement à présenter le conflit actuel comme la continuation d'une lutte civilisationnelle. Ce récit place les États-Unis en héritiers de l'Athènes antique, défendant la civilisation occidentale contre ce que Rubio décrit comme une menace orientale.La réponse iranienne au discours
L'historien iranien Touraj Daryaee a contesté le récit de Rubio, rappelant que l'incendie d'Athènes en 480 avant notre ère n'était pas un événement isolé. Il a souligné qu'Athènes avait auparavant participé à la destruction de Sardes, capitale de la satrapie de Lydie au sein de l'Empire perse, en 498 avant notre ère. Daryaee affirme que l'opposition simpliste entre Orient et Occident est historiquement inexacte, car l'Empire achéménide comptait de nombreux sujets et soldats de langue grecque.Exactitude historique et héritage colonial
L'Encyclopaedia Iranica confirme qu'Athènes et Érétrie ont bien participé à l'attaque contre Sardes, un événement clé ayant conduit aux guerres médiques. Par ailleurs, l'histoire moderne de l'Iran est marquée par des influences impériales, notamment la concession D'Arcy de 1901, qui accordait le contrôle britannique sur l'industrie pétrolière iranienne, et le coup d'État de 1953 qui a renversé le Premier ministre Mohammad Mossadegh. Ces événements illustrent les mécanismes durables du néocolonialisme, où des puissances extérieures influencent les structures politiques et économiques sans occupation militaire formelle.Échanges culturels et intellectuels
L'héritage de la pensée grecque antique, préservé et enrichi par des savants du monde islamique, remet en cause l'idée d'un patrimoine intellectuel exclusivement occidental. De nombreux textes fondateurs en philosophie, en médecine et en sciences ont été conservés et développés par des savants arabes et persans, dont les apports ont ensuite influencé l'Europe médiévale. Cet échange historique fragilise le récit d'un axe occidental allant d'Athènes à Rome, puis à Washington.Parallèles historiques dans la rhétorique anti-iranienne
L'usage de l'histoire perse antique dans la rhétorique anti-iranienne n'est pas nouveau. En 2007, le film 300, qui met en scène la bataille des Thermopyles, a été interprété par certains comme une métaphore de la réponse des États-Unis aux attentats du 11 septembre. Ce cadrage historique a servi à justifier des actions militaires et à renforcer l'idée d'un conflit civilisationnel entre Orient et Occident.L'idéologie néoconservatrice dans la politique américaine
Le discours de Rubio s'inscrit dans une idéologie néoconservatrice qui façonne la politique étrangère américaine depuis plus de deux décennies. Cette idéologie transparaissait déjà dans le discours du vice-président J. D. Vance à la Conférence de Munich sur la sécurité en 2025, où il appelait à une nouvelle orientation de la « civilisation commune ». Les références historiques utilisées par Rubio traduisent ce cadre idéologique, qui cherche à justifier les actions militaires par un récit civilisationnel plus large.Objectifs initiaux de la guerre et évolution des buts
Au début de la guerre, en février 2026, les États-Unis et Israël mettaient l'accent sur la prévention de l'accès de l'Iran à l'arme nucléaire et sur la limitation de ses capacités militaires. Or ces buts ont depuis évolué, et le conflit n'a plus de terme clair. Des évaluations du renseignement ont montré que le programme nucléaire iranien était moins avancé que ce qui avait été initialement affirmé, et la perspective d'un changement de régime s'est amoindrie.Victimes civiles et réaction internationale
La guerre a fait de nombreuses victimes civiles, notamment lors du bombardement d'une école à Minab, en Iran, qui a tué 168 personnes, dont de nombreux enfants. Une mission internationale d'établissement des faits a conclu que les États-Unis pourraient être responsables de cette attaque, ce qui pourrait constituer des crimes de guerre. Ces incidents ont suscité des critiques internationales et soulevé des inquiétudes quant à la conduite de la guerre.Conséquences économiques et politiques
Le conflit a eu des effets économiques et politiques durables, notamment des perturbations de la logistique pétrolière, une hausse des prix de l'énergie et des divisions internes aux États-Unis. La guerre a également fait évoluer l'opinion publique, de nombreux Américains désapprouvant la manière dont le gouvernement gère le conflit. Malgré la poursuite des opérations militaires, aucune stratégie de sortie claire ni aucune résolution ne se profilent.Retour à la négociation
Alors que la guerre se poursuit, la nécessité d'un accord politique refait surface. Des responsables américains, dont le vice-président J. D. Vance, ont appelé l'Iran à réduire ses capacités d'enrichissement nucléaire comme condition à la fin du conflit. Ce changement traduit la prise de conscience croissante que l'action militaire seule ne peut résoudre la crise, et que des négociations pourraient être nécessaires pour parvenir à une solution durable.Le récit civilisationnel comme stratégie politique
L'invocation de l'histoire antique par Rubio relève d'une stratégie politique, offrant un récit qui justifie la poursuite de l'engagement militaire. En présentant le conflit comme une lutte civilisationnelle, les États-Unis cherchent à légitimer leurs actions et à infléchir la perception du public. Ce récit ignore toutefois les échanges historiques et culturels complexes qui ont façonné le monde moderne.Coût humain et conflit non résolu
Le coût humain de la guerre se mesure dans les destructions et les pertes de vies, en particulier dans les zones civiles. Le conflit a perturbé la stabilité régionale et les marchés mondiaux, sans qu'aucune résolution ne se dessine. Alors que la guerre se poursuit, la nécessité d'une solution politique devient plus pressante, mais l'héritage de griefs historiques et de récits idéologiques complique la voie vers la paix.