Depuis février 2026, des archéologues de la Ville de Paris et de l'Inrap fouillent deux cours de l’Hôtel-Dieu, un bâtiment historique situé en plein cœur de la capitale. Cet été, ils ont mis au jour un mur en pierre et en bois, préservé sur environ 20 mètres. Cette structure, presque aussi longue qu’un court de tennis, se trouve à quelques pas de Notre-Dame. Sa surface porte les traces d’un violent incendie et pourrait être la première trace matérielle du rempart de la Lutèce gauloise, un ancien établissement qui deviendra plus tard Paris. La découverte a été faite en juillet 2026, sous l’Hôtel-Dieu, et comprend des marques de brûlures ainsi qu’une lance gauloise retrouvée à sa base, suggérant un contexte de destruction gauloise. La datation au carbone 14 place le mur entre 200 et 10 av. J.-C., couvrant l’année 52 av. J.-C., qui marque la conquête romaine de la région par Jules César. Les fouilles sont menées par le Service archéologique de la Ville de Paris (DHAAP) en collaboration avec l’Inrap, sous la supervision de la DRAC, avec David Couturier à la tête des opérations. La structure a été dévoilée à la presse mercredi. Le mur combine des blocs de pierre et des pièces de bois disposées horizontalement, une technique typique des fortifications gauloises à la fin de l’âge du Fer. Derrière ce mur, les archéologues ont découvert une plateforme artificielle de sable et de gravier d’environ 2 mètres d’épaisseur. Ce matériau, apporté de l’extérieur, a été déposé de manière délibérée. Une telle masse, adjacente à un mur de pierre et de bois, évoque un dispositif défensif, ce qui conduit à l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’un rempart. Toutefois, la fonction exacte de la structure reste à déterminer. La datation au radiocarbone offre un premier cadre temporel pour les éléments en bois du mur, les situant entre 200 et 10 av. J.-C. Cette période couvre 190 ans, soit l’équivalent de la durée écoulée entre 1836 et aujourd’hui si l’on datait un objet du XIXe siècle. Elle inclut l’année 52 av. J.-C., celle de la conquête de la région par César, mais il n’est pas encore clair de quel côté de cette date le mur a été construit. Devant le mur, les archéologues ont retrouvé les vestiges d’un bâtiment en bois détruit par un incendie intense. La surface elle-même est noircie, et des graines carbonisées ont été retrouvées à proximité. Une lance gauloise à la base du mur suggère un possible épisode de combat ou de destruction. Dans La Guerre des Gaules, César décrit Lutèce comme étant située sur une île de la Seine. Il note qu’en 52 av. J.-C., les Parisii ont incendié leur oppidum, ou place fortifiée, avant l’arrivée des troupes romaines. Cependant, aucun vestige gaulois n’avait jusqu’ici été découvert sur l’île de la Cité pour confirmer ce récit. Cela a conduit certains à suggérer que Lutèce se trouvait plutôt à Nanterre. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a qualifié la découverte de « vertigineuse » et a déclaré qu’elle pourrait fournir une origine « probablement » trouvée de la ville. Toutefois, cette affirmation relève davantage du politique que du scientifique. Les archéologues restent prudents, soulignant que la fonction exacte du mur, ainsi que la période de sa construction et de son incendie, demeurent inconnues. Les fouilles se poursuivront pendant plusieurs mois, avec une analyse approfondie des amphores brisées, d’un fragment de lance, d’une pièce de monnaie et des couches de sable et de gravier découvertes près du mur. David Couturier a déclaré : « Nous ne pouvons exclure de nouvelles surprises. » Pour l’instant, la seule certitude est qu’au pied d’une cour de l’Hôtel-Dieu, un mur de pierre et de bois, calciné et daté entre 200 et 10 av. J.-C., attend de révéler sa place dans l’histoire de Lutèce.