La politique étrangère et la politique intérieure de la Turquie sont liées

Özgur Özel, fondateur du Nouveau Parti (Yeni Parti), affirme que la posture extérieure de la Turquie est étroitement liée à sa situation intérieure, le président Recep Tayyip Erdogan cherchant à faire de la Turquie un acteur régional majeur.

Les initiatives étrangères d'Erdogan et les défis intérieurs

Erdogan a mené des initiatives diplomatiques, militaires et commerciales en Syrie, en Irak, en Asie centrale, en Afrique subsaharienne et en Amérique latine, contrastant avec des défis intérieurs tels que l'autoritarisme, la mise au pas de l'opposition et des difficultés économiques, dont une forte inflation.

Arrestations de figures de l'opposition

Le régime a arrêté des figures clés de l'opposition, comme Ekrem Imamoglu, maire élu d'Ankara, afin de l'empêcher de se présenter à l'élection présidentielle de 2028. Özel a quitté le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), après qu'une décision de justice a dissous sa direction, et a fondé le Yeni Parti, laissant le CHP affaibli.

La volonté d'Erdogan de briguer un troisième mandat

Erdogan entend se présenter à un troisième mandat présidentiel en manipulant les règles constitutionnelles, en cherchant à obtenir une majorité des trois cinquièmes pour abroger la limitation des mandats. Il a fait adopter la « loi sur le renforcement de la solidarité nationale et de l'intégration sociale » afin de désarmer le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), facilitant la réintégration des Kurdes dans les sociétés turque et irakienne.

Accords de défense régionaux et doutes sur leur crédibilité

La Turquie a renforcé ses liens régionaux, notamment par un accord de défense tripartite avec l'Arabie saoudite et le Pakistan, connu sous le nom de « Pacte de La Mecque », qui oblige chaque partie à défendre les autres en cas d'attaque. Cet accord soulève des questions quant à sa crédibilité et à l'étendue des engagements militaires qu'il implique.

Difficultés économiques et faiblesses structurelles

Sur le plan intérieur, la Turquie fait face à des défis économiques, notamment une monnaie en dépréciation, une forte inflation et un déficit commercial. L'économie turque souffre de faiblesses structurelles, dont la dépendance aux importations d'énergie et une économie de rente, aggravées par une mauvaise gestion et la corruption.

Implication régionale en Syrie et dans les conflits

Sur le plan régional, la Turquie a joué un rôle actif dans le conflit syrien, soutenant le renversement de Bachar al-Assad et nouant des liens avec Damas. Elle s'est également opposée à Israël au sujet de la politique menée à Gaza et de différends maritimes en Méditerranée. Dans le Caucase, la Turquie œuvre à un accord de paix avec l'Arménie, subordonné au règlement du conflit du Haut-Karabakh avec l'Azerbaïdjan.

La position de l'Union européenne sur l'adhésion de la Turquie

L'Union européenne n'envisage pas l'adhésion de la Turquie, malgré une coopération économique et stratégique qui se poursuit. Les analystes relèvent que la dérive autoritaire et les difficultés économiques de la Turquie sont contrebalancées par son positionnement stratégique, faisant d'elle un partenaire complexe pour l'Europe.

Le paysage politique et les défis de l'AKP

Le paysage politique intérieur évolue, avec la création du Yeni Parti et l'affaiblissement du CHP. L'AKP peine à maintenir sa domination, en raison de défections et de divisions internes. Les efforts du régime pour centraliser le pouvoir et réduire l'opposition au silence ont nourri un mécontentement croissant, mais les initiatives stratégiques d'Erdogan en matière de politique étrangère et de sécurité régionale ont renforcé sa position politique.