Le taux de mortalité des sans-abri en France a plus que doublé depuis 2012, avec 927 décès en 2025, malgré une apparente stabilité par rapport à 2024.
Un bilan stable mais alarmant
Le collectif Les Morts de la Rue a recensé 927 décès de personnes sans domicile en France en 2025, un chiffre presque stable par rapport aux 938 décès de 2024. Pourtant, cette apparente stabilité masque une réalité plus sombre : depuis 2012, le taux de mortalité des personnes sans domicile a plus que doublé.Plus jeunes que la population générale
Les victimes présentent un profil économique alarmant. L'âge moyen au décès est de 49 ans, soit 30 ans de moins que la moyenne nationale de 79,5 ans. D'un point de vue macroéconomique, cette surmortalité représente une perte importante de capital humain et de contributions potentielles à l'économie productive.Un nombre croissant de femmes parmi les victimes
Les hommes représentent 83 % des victimes, mais la part des femmes augmente : 14 % en 2025, contre 11 % sur la période 2012-2024, ce qui indique une féminisation croissante de la grande pauvreté. Cette tendance reflète des évolutions socioéconomiques plus larges, notamment la précarisation croissante des mères isolées et des femmes âgées disposant de pensions insuffisantes.Le taux de mortalité a plus que doublé
La tendance de long terme montre une multiplication par 2,2 depuis 2012. L'évolution sur treize ans dessine une courbe inquiétante. Entre 2012 et 2025, le nombre de décès de personnes sans domicile a été multiplié par 2,2. Cette hausse dépasse largement celle de la population sans domicile elle-même.La population sans domicile a augmenté
La Fondation pour le logement estime aujourd'hui à 350 000 le nombre de personnes sans domicile en France, contre 143 000 selon la dernière estimation officielle de l'INSEE, datant de 2012. D'ici la fin de l'année 2026, l'institut statistique publiera des chiffres actualisés qui permettront une analyse plus fine du rapport entre mortalité et population.La mortalité liée au froid atteint un record
Cette hausse intervient dans un contexte de budgets contraints. Les coûts directs et indirects de la grande précarité (hébergement d'urgence, soins médicaux, interventions sociales) pèsent sur les finances publiques locales et nationales. Le collectif Les Morts de la Rue note que « ces décès surviennent dans un contexte de précarité historique », pointant « le résultat de choix politiques et sociétaux ». La mortalité liée au froid a atteint en 2025 un niveau record depuis 2012, avec 22 décès, tous survenus en automne ou en hiver.Des victimes qui meurent prématurément
L'analyse démographique révèle des vulnérabilités économiques spécifiques. Avec un âge moyen de 49 ans, les victimes meurent en pleine période d'activité potentielle. Cette mortalité prématurée reflète l'accumulation de facteurs de risque : accès limité aux soins, exposition aux intempéries, malnutrition chronique, consommation de substances. Vingt enfants de moins de 15 ans figurent parmi les 927 victimes de 2025, un chiffre qui interroge l'efficacité des dispositifs de protection de l'enfance.La féminisation de la grande pauvreté
La féminisation du phénomène constitue un indicateur économique préoccupant. La hausse de la part des femmes parmi les personnes sans domicile décédées (14 % en 2025) reflète probablement la précarisation croissante des mères isolées, des femmes âgées aux pensions insuffisantes et des victimes de violences conjugales. Selon France Info, cette évolution s'inscrit dans une dynamique plus large de paupérisation de certaines catégories socioéconomiques.Des parcours diversifiés vers la rue
306 à la rue, 264 hébergées, 357 situations indéterminées : la fragmentation de la précarité. La répartition des victimes selon leur situation de logement met en évidence la diversité des trajectoires de précarité. Sur les 927 décès, 306 personnes vivaient effectivement à la rue au moment de leur mort, 264 étaient hébergées (centres d'hébergement, structures d'urgence, logements temporaires) et 357 avaient une situation indéterminée.Un hébergement ne garantit pas la sécurité
Les personnes hébergées représentent 28 % des victimes, ce qui montre que l'accès à un abri temporaire ne suffit pas à assurer la survie. Les structures d'hébergement d'urgence, souvent surpeuplées, peinent à offrir un accompagnement médical et social adapté. Le collectif observe que « ces chiffres ne sont pas des accidents statistiques. Ce sont les pages d'un réquisitoire que notre pays écrit, année après année, contre lui-même ».Des chiffres probablement sous-estimés
Pourquoi les chiffres sont nécessairement sous-estimés. Le collectif souligne le caractère incomplet de ses données. Les 927 décès représentent un « plancher documenté » de la réalité. Plusieurs facteurs expliquent cette sous-estimation structurelle : décès non signalés en zone rurale, personnes décédées dont le statut de sans-domicile n'a pas été identifié, délais de transmission des informations entre les acteurs de terrain et le collectif, personnes en logement précaire non comptabilisées comme sans domicile.Le besoin d'une meilleure collecte de données
L'absence de registre national centralisé empêche toute évaluation précise du phénomène. D'un point de vue économique, ce manque de données complique l'allocation optimale des ressources publiques et l'évaluation de l'efficacité des politiques sociales. Les 927 décès recensés représentent donc le minimum incompressible d'une crise de santé publique et sociale aux implications budgétaires considérables.