Un nouveau rapport met en garde contre le temps d'écran excessif des jeunes enfants et propose des solutions comme davantage de jeu et de soutien aux familles plutôt que des règles strictes.
Un rapport met en garde contre les risques des écrans pour les jeunes enfants
Un nouveau rapport de Terra Nova, publié le 13 octobre 2026 et intitulé Enfants et écrans : agir sur les causes profondes, alerte sur les conséquences d'une exposition numérique excessive chez les très jeunes enfants et propose un plan d'action pour y remédier : moins d'interdictions, davantage de jeu, d'échanges et de soutien aux familles. Le rapport se concentre sur les enfants de 0 à 5 ans, une période souvent négligée dans les politiques publiques du numérique.Le temps d'écran varie selon la région et le revenu
Selon le rapport, certaines familles à faibles revenus de Seine-Saint-Denis exposent leurs enfants à des écrans jusqu'à 44 heures par semaine, un cas qui n'est toutefois pas représentatif de la moyenne nationale. Les données de la cohorte française Elfe citées dans le rapport indiquent que les enfants passaient en moyenne 56 minutes par jour devant un écran à deux ans, 1 heure 20 minutes à trois ans et demi, et 1 heure 34 minutes à cinq ans et demi, sur la période étudiée entre 2013 et 2017.L'importance de la qualité des interactions plutôt que du contenu
Le rapport souligne que le principal enjeu ne réside pas dans la lumière des écrans ou dans les contenus visionnés, mais dans le temps passé devant un écran, un temps qui n'est plus consacré au jeu, à la parole, à l'exploration, au mouvement ou aux interactions avec les adultes. Les premières années constituent une période critique pour le développement du cerveau, en particulier pour l'acquisition du langage, l'attention et la régulation émotionnelle. Les échanges entre parents et enfants jouent un rôle essentiel dans ces apprentissages, qu'il s'agisse des conversations, des regards, des réponses et des interactions réciproques.L'usage des écrans par les parents affecte le développement de l'enfant
Le rapport met en lumière la notion de « technoferençage » (technofencing), qui désigne les interruptions des échanges entre parents et enfants provoquées par l'usage des écrans des adultes. Une méta-analyse portant sur 21 études concernant près de 15 000 enfants de moins de cinq ans souligne des liens entre l'usage parental des écrans en présence de l'enfant et un développement cognitif et émotionnel moins favorable. Dans sa préface, le psychiatre Serge Tisseron insiste sur la nécessité de préserver la disponibilité des adultes auprès des plus jeunes enfants.Les obstacles à la réduction du temps d'écran
Le rapport estime qu'informer les familles ne suffit pas : il faut aussi leur donner les moyens matériels et sociaux d'agir autrement. L'enquête menée en Seine-Saint-Denis révèle que de nombreux parents connaissent déjà les recommandations concernant les écrans et souhaitent en limiter l'usage, mais que la réalité du quotidien complique leur mise en œuvre. Les logements exigus, la fatigue, la monoparentalité, les horaires de travail, le manque de soutien familial ou l'absence d'espaces extérieurs font de l'écran une solution immédiate pour occuper ou calmer un enfant.Un exemple concret d'usage des écrans
Une mère interrogée dans le cadre de l'enquête résume cette réalité : « Je mets un film d'animation à mon fils pour pouvoir cuisiner. » Le rapport met en avant trois dimensions complémentaires du changement de comportement : savoir, pouvoir et vouloir. Cependant, selon Terra Nova, les politiques publiques ont jusqu'ici surtout privilégié le premier levier, celui de l'information et de la sensibilisation, sans agir suffisamment sur la capacité réelle des familles à modifier leurs habitudes.Des solutions proposées pour réduire le temps d'écran
Plutôt que de multiplier les interdictions, Terra Nova propose de réinvestir dans les activités qui favorisent naturellement le développement des jeunes enfants, comme le jeu libre, les activités en plein air, la lecture partagée et les échanges avec les adultes. Le rapport appelle au développement des ludothèques, ces lieux dédiés au jeu encore trop peu nombreux et souvent méconnus des familles, et propose d'ouvrir davantage de lieux d'accueil enfants-parents ainsi que de permettre l'accès aux cours d'école le samedi.Un plan d'action assorti d'un investissement public
Terra Nova propose un plan d'action à déployer sur cinq ans, avec un investissement public supplémentaire estimé à 200 millions d'euros par an à l'issue de cette période. Cinq grandes orientations structurent cette stratégie : développer des espaces de jeu sans écran, rompre l'isolement des jeunes parents, repenser les campagnes de prévention, renforcer le soutien aux familles vulnérables et mieux réguler les contenus et les équipements destinés aux très jeunes enfants.Temps d'écran et inégalités éducatives
Le rapport invite à considérer la petite enfance comme une période essentielle pour prévenir les inégalités éducatives : un enfant qui arrive à l'école maternelle avec un vocabulaire limité ou des difficultés à comprendre les échanges oraux peut rencontrer davantage d'obstacles dans l'apprentissage de la lecture. Le rapport rappelle toutefois que les inégalités sociales jouent un rôle majeur, car les familles ne disposent pas toutes des mêmes ressources, du même espace de vie ni des mêmes possibilités d'accompagnement.Une approche optimiste du temps d'écran
Le rapport défend une approche volontairement optimiste, affirmant que la surexposition précoce aux écrans n'est pas une fatalité si des solutions concrètes sont offertes aux familles. Le débat sur les écrans ne devrait pas se réduire à la question du nombre de minutes qu'un enfant peut passer devant une tablette ou une télévision, mais poser aussi une question plus large : quelle place notre société accorde-t-elle au jeu, aux échanges humains et au développement des jeunes enfants ?