Clémentine Mélois, finaliste du 93e prix des Deux Magots avec son roman Choses que je croyais perdues, explore ce qu’elle nomme l’« infraordinaire » — ces aspects du quotidien, souvent négligés, qui portent une charge émotionnelle profonde. Son travail s’inspire d’auteurs comme Georges Perec et James Joyce, qui ont eux aussi mis en lumière le banal et le poétique dans l’existence. Le roman suit Émilie, un personnage contraint de quitter son appartement après une rupture avec Tristan. Ce départ n’est pas seulement physique, mais symbolise une faille émotionnelle, illustrant la manière dont les relations personnelles peuvent redessiner une vie et son environnement. Mélois, diplômée de l’École des Beaux-Arts à Paris, s’inscrit dans une tradition littéraire qui inclut des figures telles que Raymond Queneau, Roland Topor et Jean-Pierre Montal. Elle s’interroge souvent sur l’histoire littéraire riche de lieux comme Saint-Germain-des-Prés, un quartier historique de Paris réputé pour sa culture intellectuelle et artistique. Dans Choses que je croyais perdues, des objets comme un verre à moutarde brisé ou une assiette à bord doré occupent une place centrale. Ces éléments ne sont pas de simples possessions, mais des réceptacles de mémoire, reliant les personnages à leurs expériences et relations passées. Mélois précise qu’elle ne s’intéresse pas au matérialisme, mais aux souvenirs attachés aux objets, bien plus qu’aux objets eux-mêmes. Le roman intègre également des fragments de vieux articles de journaux, soulignant l’intersection entre le banal et le poétique dans le quotidien. Mélois établit un parallèle entre la situation d’Émilie et le mythe de Pénélope, épouse d’Ulysse, qui défaisait chaque nuit son ouvrage. Cette référence met en lumière la tension entre passé et futur, ainsi que l’idée d’un temps suspendu. L’histoire oppose le milieu ouvrier d’Émilie et son aspiration à une vie conventionnelle à l’existence plus détachée et bourgeoise de Tristan. Mélois cherche à montrer la banalité d’une relation échouée, soulignant comment les différences de milieu et de perspective peuvent creuser un fossé émotionnel. Le titre Choses que je croyais perdues (Choses que je croyais perdues) s’inspire d’une phrase de Georges Perros dans Une vie ordinaire (Une vie ordinaire), renforçant l’accent du roman sur le quotidien. Mélois rejette la nostalgie, voyant plutôt la mémoire comme une matière première pour la transformation, et non comme un refuge. Le roman évite la mélancolie, préférant explorer les thèmes de la perte et du temps à travers l’humour. Le nom du lauréat du prix des Deux Magots 2026 sera annoncé le 5 octobre.