Le réacteur nucléaire Monju, un réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium liquide, a été construit au Japon entre 1985 et 1991 et a atteint sa criticité, c’est-à-dire le début des réactions nucléaires, en 1994. Conçu pour servir de modèle à l’avenir de l’énergie atomique, Monju visait à recycler le combustible nucléaire usé et à produire plus de matière fissile qu’il n’en consommait. Pourtant, malgré son achèvement, le réacteur n’a fonctionné que 250 jours sur une période de 22 ans en raison de défaillances techniques et de problèmes de gestion répétés. Parmi ces incidents figuraient une fuite de sodium, une vidéo truquée, une chute accidentelle d’équipement et des milliers de composants non inspectés. Situé à Tsuruga, dans la préfecture de Fukui, le réacteur est devenu le symbole des difficultés liées à la gestion de projets technologiques complexes et à hauts risques. En décembre 1995, peu après sa mise en service, Monju a connu son premier accident majeur lorsqu’une fuite de sodium liquide a provoqué un incendie. Le sodium étant hautement réactif au contact de l’air et de l’eau, il constitue un liquide de refroidissement dangereux. Bien que l’incendie ait finalement été maîtrisé, l’exploitant du site a été accusé d’avoir minimisé l’ampleur réelle de l’incident en présentant aux autorités et aux médias une vidéo raccourcie. Cela a conduit à une suspension d’un an des opérations en 1997. Le gouvernement japonais a par la suite indiqué que l’échec du projet était dû à des « problèmes de gestion » plutôt qu’à un défaut de conception du réacteur lui-même. Après une relance en mai 2010, Monju a de nouveau été arrêté en août de la même année après qu’un dispositif de manutention du combustible soit tombé accidentellement dans la cuve du réacteur. En 2012, il a été révélé qu’environ 10 000 pièces d’équipement n’avaient pas été inspectées comme prévu, un chiffre qui a ensuite grimpé à 14 000 sur un total de 47 500. Cette situation a conduit l’Autorité de régulation nucléaire à conclure que la culture de la sécurité au sein de l’Agence japonaise de l’énergie atomique était défaillante. Aucune autre entreprise industrielle n’a accepté de reprendre l’exploitation, signe d’une perte de confiance dans le projet. En décembre 2016, après 22 ans et seulement 250 jours de fonctionnement effectif, Monju a été officiellement abandonné. Le coût total du projet s’élève à environ 9,5 milliards de dollars, certaines estimations suggérant que jusqu’à 8,6 milliards d’euros ont été dépensés par le gouvernement japonais. Le démantèlement du site, approuvé en mars 2018, devrait prendre 30 ans et coûter 2,86 milliards d’euros supplémentaires. L’histoire de Monju illustre les défis liés à la gestion de grands projets technologiques et met en lumière le rôle crucial de la compétence organisationnelle pour en assurer le succès.