Des couches de calcaire révèlent la chronologie de l'aqueduc

Les couches de calcaire à l'intérieur de l'aqueduc de Nîmes remontent à environ 270 après J.-C., date à laquelle l'approvisionnement en eau de la ville a été coupé. Toutefois, l'eau a continué de couler en amont, vers les champs environnants, pendant encore 140 ans, selon une étude publiée dans Geoarchaeology le 15 septembre 2026 par des chercheurs de l'université Johannes Gutenberg de Mayence.

Le calcaire, une archive historique

Les dépôts de calcaire sur les parois du canal de l'aqueduc ont fonctionné comme une archive naturelle, enregistrant le passage du temps à travers des couches annuelles. Ces couches ressemblent aux cernes de croissance d'un arbre. L'équipe a prélevé des échantillons en dix points le long du tracé de 50 km afin d'analyser la composition isotopique de chaque couche, ce qui couvre environ trois siècles d'activité humaine.

Construction et modifications de l'aqueduc

L'aqueduc de Nîmes a commencé à fonctionner vers 50 après J.-C., et son tracé ne descend que d'une douzaine de mètres sur 50 km. Onze ans plus tard, les ingénieurs ont ajouté une deuxième source d'eau, probablement en raison d'une sécheresse mentionnée par l'historien Tacite. Ils ont ensuite renforcé la structure et, vers 150 après J.-C., la moitié du débit d'eau destiné à la ville était détournée pour irriguer de vastes domaines.

Évolution de l'usage de l'eau et de l'entretien

Au milieu du IIIe siècle, la texture des dépôts de calcaire sur les parois de l'aqueduc a changé : ils sont devenus plus poreux et mêlés d'argile et de sable. Cela suggère que l'entretien avait été négligé, probablement faute de main-d'œuvre. Vers 270 après J.-C., l'approvisionnement en eau de la ville a brusquement cessé, et l'eau n'a plus coulé qu'en direction des fermes situées le long du tracé.

L'aqueduc a continué de fonctionner après le déclin de la ville

Alors que Nîmes perdait son approvisionnement en eau, l'aqueduc en amont a continué de fonctionner pendant environ 140 ans, jusqu'au Ve siècle. Les fermes qui recevaient auparavant la moitié du débit en recevaient désormais la totalité. Cela suggère que la défaillance de l'aqueduc n'était pas due à un effondrement structurel, puisque le système est resté intact et fonctionnel.

Le déclin de la population, cause possible

Les chercheurs avancent que la ville a pu perdre une partie de sa population, peut-être à cause de la peste de Cyprien, survenue entre 250 et 270 après J.-C. Cette maladie a touché l'Empire romain et pourrait avoir provoqué une crise à Cahors, à proximité. Toutefois, il n'existe aucune preuve directe, comme des ossements ou de l'ADN ancien, pour confirmer cette hypothèse.

L'analyse du calcaire s'étend à d'autres aqueducs

La même équipe a également étudié les carbonates des aqueducs d'Arles et de Constantinople. Cette méthode suscite un intérêt croissant chez les archéologues, car elle permet de dater des événements qui ne sont pas visibles par les fouilles traditionnelles. L'aqueduc de Nîmes court toujours sous terre à travers la garrigue du Gard, sur plus de cinquante kilomètres.