Un établissement scolaire d'Aubagne rouvre ses portes après qu'un élève a ouvert le feu sur un principal et un enseignant, élèves et parents s'efforçant de retrouver une vie normale.
Fusillade au collège Lakanal
Le 12 octobre, un élève de troisième du collège Lakanal d'Aubagne a ouvert le feu avec un fusil de chasse sur son principal et sur un professeur, blessant les deux hommes. Le tireur, soupçonné d'avoir agi sous l'influence d'une communauté en ligne qui glorifie les tueurs de masse, a ensuite été maîtrisé par le CPE (conseiller principal d'éducation) de l'établissement, puis remis aux autorités.La rentrée après les vacances
Après une semaine de fermeture et deux semaines de vacances d'automne, l'établissement a rouvert ses portes aux élèves ce lundi après-midi. On entendait les voix de petits groupes de collégiens, visiblement heureux de se retrouver. Ils se saluent. Ils se racontent leurs vacances. Les voitures des parents s'arrêtent en double file pour déposer les adolescents.Un retour à la normale compliqué
Trois semaines après la fusillade, la vie scolaire a repris ce lundi au collège Lakanal d'Aubagne. « J'ai espagnol, technologie et physique cet après-midi », explique Kimberly*, peu avant 14 heures. La matinée s'est déroulée normalement pour les élèves, ce qui a permis au personnel de l'établissement de reprendre ses marques. Du moins pour ceux qui le pouvaient : « C'est vraiment un peu compliqué. Nous essayons de retrouver une forme de normalité, mais ceux pour qui il était encore trop difficile de revenir ne sont pas venus », confie l'un d'entre eux, la plupart refusant poliment de s'exprimer, ce qui se comprend.Parents et élèves en quête de normalité
Cette retenue n'est pas systématique chez les collégiens ni chez les parents. « Les enfants - et les parents - ont tous hâte que les choses reviennent à la normale », affirme Christina, venue exceptionnellement déposer son fils, en sixième, et s'assurer de son bon accueil dans l'enceinte du collège. « Je suis une grande inquiète et je pense que, des deux, ce sont les parents qui s'inquiètent le plus. Mais il faut tourner la page, même si les enfants ont tous une petite appréhension et que ce qui s'est passé m'inquiète. »Sécurité et soutien au sein de l'établissement
Pour rassurer les enfants, les parents et l'équipe pédagogique, deux unités de police étaient présentes à l'ouverture des grilles du collège Lakanal. « Bien sûr, ça me stresse un peu », reconnaît Clara*, élève de troisième, qui explique avoir partagé l'essentiel de sa scolarité avec le jeune tireur depuis l'école primaire. « Depuis l'année dernière, il tenait des propos étranges », dit-elle avoir remarqué après que l'adolescent a commencé à se rapprocher du mouvement en ligne TCC (True Crime Community), qui glorifie les tueurs de masse.Avancer sans en parler sans cesse
Son amie, en revanche, estime qu'« il est temps d'arrêter d'en parler. C'est bien d'en discuter entre nous, mais cela ne changera rien. Si nous voulons reprendre calmement, il faut éviter d'en parler en permanence. » « Le plus important est de redonner de l'humanité aux collèges », un avis partagé par Pauline*, une mère venue elle aussi exceptionnellement accompagner son enfant aujourd'hui : « Nous en avons beaucoup parlé à la maison, il y a aussi la cellule d'accompagnement psychologique de l'établissement, mais il est important de s'arrêter pour que les enfants ne ruminent pas et puissent avancer. »Réactions contrastées chez les élèves
Devant l'entrée du collège, un groupe de trois garçons récite des définitions de géographie qui semblent tout droit sorties des devoirs. Laure, elle, n'a pas du tout envie de reprendre les cours. « En général, le collège, c'est pénible », lance la jeune fille, signe que les choses semblent revenir à la normale. Une fois tous les collégiens entrés dans l'établissement, deux parents ont échangé avec les policiers présents : « Les petits sont traumatisés. Ma fille est hantée par le bruit du coup de feu. Elle en parlait encore hier [dimanche] soir. Je pense que le plus important et le plus efficace est de redonner de l'humanité aux collèges. Plus qu'un portique de sécurité à l'entrée, il nous faut une infirmière, un psychologue, des humains », déclare ce père, qui tenait aussi à saluer le personnel enseignant, « admirable » par son engagement et sa présence.Préparation et réflexion
« Il faut être prêt à tout », observe de loin un père militaire venu en uniforme et béret vert déposer sa fille. « Ce n'est pas tant ce qui s'est passé qui me fait venir que tout le reste. On ne sait jamais ce qui pourrait arriver. Il faut être prêt à tout. Je viens dès que je peux. Nous avons bien discuté à la maison. Il est important que cela sorte, pour éviter d'éventuels retours de traumatismes. Il y a aussi la cellule d'accompagnement psychologique en place, et c'est une très bonne chose. » La reprise des cours est déjà une victoire pour l'établissement. « Il y aura un avant et un après », estime cette mère d'un élève de sixième, qui a demandé ce matin à sa fille, avant qu'elle ne retourne au collège, « si les impacts de balles seraient encore visibles sur le tableau de la salle de mathématiques ». On suppose que le tableau a été remplacé, mais effacer les traces de l'attaque prendra un peu plus de temps. Il faut commencer par « retrouver les cours et la vie normale au collège », conclut un parent.