Un élève a ouvert le feu dans un collège français, blessant deux membres du personnel. L'incident relance le débat sur la sécurité scolaire et les stratégies de prévention.
Attaque au collège Lakanal
Une attaque s'est produite vers 9h25 dans l'enceinte du collège Lakanal à Aubagne, près de Marseille, où un élève a ouvert le feu avec une carabine de chasse, blessant le principal et un enseignant avant d'être désarmé par le conseiller d'éducation et interpellé. Les autorités ont indiqué que le pronostic vital des victimes n'est pas engagé. Le père et la mère de l'adolescent qui a ouvert le feu ont été placés en garde à vue afin de comprendre comment le jeune s'est retrouvé en possession de l'arme. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, et son homologue de l'Éducation, Édouard Geffray, se sont rendus sur place.Enquête sur l'attaque
Le parquet antiterroriste a pris en charge l'enquête, le mineur soupçonné pouvant être lié au mouvement True Crime Community (TCC), qui glorifie les fusillades de masse. L'enquête a été ouverte pour « tentatives d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes contre les personnes et infractions à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste ». Les premières investigations, notamment l'exploitation des supports numériques du mineur, mettent en évidence une probable appartenance au mouvement TCC et l'inscription de l'acte criminel dans l'idéologie de ce mouvement. Le TCC est décrit comme un écosystème de communautés numériques qui glorifient les auteurs de fusillades de masse et incitent, sous certaines formes, à l'usage d'une violence extrême.Appels à la prévention plutôt qu'aux mesures de sécurité
Le SNICS-FSU, syndicat des infirmiers scolaires, rappelle dans un communiqué que la prévention doit primer sur les « dérives sécuritaires », alors que le débat sur les portiques de sécurité dans les établissements scolaires a été relancé. Martine Vassal, présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, citée par Le Parisien, a relancé cette proposition. Le syndicat affirme que la communauté éducative doit pouvoir se reconstruire à son rythme, sans être soumise à des réponses immédiates dictées par l'émotion, et que les portiques ne constituent pas une réponse globale à la violence.Limites des portiques de sécurité
Il n'existe actuellement aucune preuve scientifique solide permettant d'affirmer que la généralisation des portiques réduit la violence scolaire ou améliore réellement la sécurité des élèves. Ces dispositifs n'empêchent ni le harcèlement, ni les agressions, ni les violences qui surviennent aux abords des établissements. Ils ne peuvent pas non plus empêcher l'introduction d'armes par d'autres accès que l'entrée principale. Le 10 juin 2025, une assistante d'éducation du collège Françoise-Dolto à Nogent (Haute-Marne) a été frappée sept fois au couteau devant son établissement par un élève, lors d'un contrôle inopiné des sacs effectué par des gendarmes destiné à détecter d'éventuelles armes.Demande d'investissement dans les ressources humaines
Le SNICS-FSU réclame une évaluation rigoureuse de l'efficacité réelle et des conséquences des portiques avant d'engager « plusieurs milliards d'euros » dans leur mise en place. Le syndicat appelle plutôt à un investissement massif dans les ressources humaines et éducatives, notamment le recrutement en masse d'infirmiers scolaires et d'infirmiers de l'enseignement supérieur. Les infirmiers scolaires accueillent la parole des jeunes, repèrent les situations de souffrance, préviennent les ruptures, accompagnent les élèves et contribuent à bâtir une communauté scolaire plus inclusive et attentive. Le syndicat rappelle qu'il manque encore 15 000 infirmiers pour répondre à la demande et disposer « du temps nécessaire pour exercer leurs missions ».Le rôle des infirmiers scolaires dans la prévention
Violaine Mengin, secrétaire générale adjointe du SNICS-FSU, souligne que les infirmiers scolaires et de l'enseignement supérieur ont pour mission d'accueillir la parole de tous les jeunes, sans jugement, dans un cadre de confiance et de confidentialité. Cette écoute constitue un levier essentiel pour prévenir les processus de radicalisation, repérer les situations de vulnérabilité et accompagner chaque jeune au mieux. Tous les jeunes, sans exception, devraient être accueillis de cette manière. Des infirmiers exercent également dans le système pénitentiaire.Un accompagnement global des élèves
L'écoute ne suffit pas toujours, car le rôle comprend aussi l'évaluation des besoins des jeunes, leur accompagnement et, si nécessaire, leur orientation vers les professionnels et dispositifs les mieux adaptés à leur situation. C'est là toute l'importance du travail en équipe pluridisciplinaire, au sein comme en dehors de l'école. C'est également le sens des missions de protection de l'enfance : repérer les situations préoccupantes, accompagner les élèves et, si besoin, transmettre des informations inquiétantes ou effectuer des signalements afin d'alerter les autorités compétentes et permettre une intervention protectrice.Une prévention fondée sur une approche globale
Prévenir la violence, c'est aussi renforcer la vie scolaire, le soutien social et éducatif, accompagner les familles et offrir aux jeunes des perspectives d'insertion sociale et professionnelle. C'est agir en amont plutôt que de se limiter au contrôle des entrées. Le SNICS-FSU appelle le ministère « à choisir une politique de santé scolaire et de prévention durable, fondée sur des données probantes et sur des ressources humaines à la hauteur des besoins des élèves et des personnels ».