Blessures causées par des grenades lors de manifestations

StreetPress a recensé 19 cas de blessures graves impliquant des grenades utilisées par les forces de l'ordre les 17 et 24 octobre. Certaines de ces blessures sont causées par des éclats pénétrants, contrairement aux positions du ministère de l'Intérieur et du fabricant.

Un jeune étudiant gravement blessé à Lyon

Le 17 octobre, Matthieu, 23 ans, étudiant en école d'ingénieurs, a été grièvement blessé place Bellecour, à Lyon (69), après qu'une grenade est tombée « du ciel et a rebondi sur l'épaule d'un manifestant » avant d'« exploser en retombant sur [sa] cuisse ». Selon son certificat médical, la blessure lui a laissé une « grande plaie déchiquetée de six à huit centimètres » sur la face interne de la cuisse droite, tandis qu'un fragment métallique « d'environ un centimètre » s'est logé dans sa cuisse gauche.

Suspension de l'usage des grenades à Lens

À Lens (62), un lycéen a eu une main arrachée lors des mobilisations lycéennes, ce qui a conduit le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, à suspendre temporairement l'utilisation de la grenade ASSD (marque Alsetex) tirée depuis un lanceur, au moins jusqu'à l'enquête et dans le cadre des mobilisations lycéennes. Toutefois, cette suspension n'a pas duré longtemps, et Laurent Nuñez a ensuite défendu l'usage de « tous les types d'armes intermédiaires » par la police et la gendarmerie.

De nombreuses blessures liées à l'usage de grenades

L'utilisation de ces grenades lors des journées de mobilisation lycéenne et contre le coût de la vie a causé de nombreuses blessures. Certains cas ont rapidement été médiatisés, en particulier les amputations. À Mulhouse (68), une lycéenne de 17 ans a perdu la vue de son œil gauche après avoir été touchée par une grenade lacrymogène, tandis qu'à Saint-Étienne (42), un manifestant de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade non identifiée.

Blessures à Marseille

À Marseille (13), Oliv, 21 ans, travailleuse sociale, a été grièvement blessée le 17 octobre. Sur des photos obtenues par StreetPress, la jeune femme apparaît allongée sur le trottoir pendant qu'elle est prise en charge par les pompiers. Deux grands cylindres blancs en plastique sont logés à l'intérieur de sa jambe droite, qui est ouverte par une large plaie « de six centimètres de profondeur et six centimètres de largeur ». Elle n'a pas vu la grenade, tombée du ciel, avant que l'objet n'explose près de ses jambes.

Autres victimes à Marseille

Suzanne, 31 ans, a été touchée par une grenade au croisement de la Canebière et du boulevard Dugommier, à Marseille. L'onde de choc lui a infligé une fracture quadruple du pied gauche, ainsi qu'une plaie de 11 centimètres refermée par une douzaine de points de suture. Elle a été placée en arrêt de travail pendant deux mois « au minimum » et ne peut se déplacer qu'avec une béquille ou en fauteuil roulant. Laura, 34 ans, venue « prendre des photos » et « pas du genre à fuir », a également été touchée par une explosion. Elle souffre d'une « plaie déchiquetée » à la cheville gauche avec une « perte de tissu », un trou dans la chair, de « quatre centimètres sur cinq ».

Analyse des composants des grenades

Dans le cas d'Oliv, deux spécialistes de la maintenance des équipements des forces de l'ordre, interrogés par StreetPress au sujet des corps étrangers retrouvés dans sa plaie, pointent la grenade lacrymogène et assourdissante « GM2L », et plus précisément son « disque d'interposition », situé entre la charge explosive rouge et l'enveloppe grise éjectée avant l'explosion. L'aspect des deux débris est en effet semblable à ceux laissés par une GM2L ayant explosé dans un appartement le 24 octobre à Rennes.

Les affirmations du fabricant

Le fabricant Alsetex assure dans sa notice technique que l'arme ne produit « aucun éclat ». Un argument repris en 2018 par Christophe Castaner, alors ministre de l'Intérieur. Ce modèle remplace progressivement la grenade GLI-F4, responsable de nombreuses blessures chez les manifestants des Gilets jaunes. Au total, cinq cas recensés par StreetPress impliquent des éclats de grenades retrouvés dans les plaies des victimes.

Blessure par une grenade lacrymogène à Paris

À Paris, c'est une grenade lacrymogène qui est en cause dans une autre blessure grave. Alaric, 19 ans, étudiant en économie et gestion, a été touché par une grenade lacrymogène tirée « en tir tendu », selon ses dires. Les projectiles, qui diffusent le gaz par combustion, ont alors enflammé ses vêtements. Il affirme qu'aucune menace ne justifiait un tel tir à ce moment-là. La gravité de sa blessure est directement imputable au tir « tendu » : « La courbe n'ayant pas été respectée, la grenade n'a pas eu le temps d'exploser en l'air et a explosé sur moi, me projetant les quatre billes dessus. » La préfecture de police n'a pas donné suite au cas d'Alaric à Paris.