La France fait face à un défi croissant alors qu’elle perd une part significative de son eau potable à cause d’un réseau de canalisations vieillissant et sous-financé. Chaque année, environ 937 millions de mètres cubes d’eau sont gaspillés, une quantité suffisante pour alimenter sept des plus grandes villes du pays. Le réseau national d’eau potable s’étend sur 875 000 kilomètres, avec une efficacité moyenne d’environ 80 %. Autrement dit, sur cinq litres d’eau entrant dans le système, un litre est perdu avant d’atteindre un foyer. Le rythme de remplacement des canalisations est extrêmement lent : seulement 0,67 % du réseau est renouvelé chaque année. À ce rythme, il faudrait plus de 150 ans pour remplacer l’ensemble du système. Plus de 60 % des canalisations ont été installées après les années 1970, ce qui signifie que la plupart approchent désormais de leurs 50 ans, une période où les infrastructures commencent généralement à montrer des signes d’usure importants. Certaines régions subissent des pertes d’eau particulièrement élevées, avec près de 40 % d’eau perdue dans le Velay rural et jusqu’à 61 % dans les Pyrénées-Orientales. Dans les territoires d’outre-mer comme la Martinique et la Guadeloupe, les pertes atteignent respectivement 48 % et 60 %. L’impact financier de ces pertes est considérable : plus de deux milliards d’euros sont dépensés chaque année pour l’eau gaspillée, incluant le coût de l’eau elle-même, les réparations d’urgence et l’entretien. La rénovation du réseau vieillissant exige des investissements substantiels de la part des collectivités locales, avec des coûts allant de 8,5 à 25 millions d’euros selon l’ampleur des travaux. Pour remédier à ces problèmes, les autorités locales se tournent vers de nouvelles technologies, comme des capteurs acoustiques, des drones thermiques et l’intelligence artificielle, afin de détecter les fuites avant qu’elles ne deviennent visibles. Ces outils permettent d’identifier des vibrations anormales, des niveaux d’humidité du sol ou des anomalies statistiques dans les données de pression et de débit. Cependant, si ces technologies aident à mieux surveiller et gérer le système, elles ne dispensent pas de remplacer physiquement les canalisations les plus anciennes et les plus dégradées.