En 2010, le groupe Greenland, un important promoteur immobilier chinois, a commencé la construction de 260 villas haut de gamme près de Shenyang, une ville du nord-est de la Chine. Ces villas, faisant partie d’un projet intitulé State Guest Mansions, devaient accueillir des délégations officielles de la province du Liaoning. Les bâtiments, conçus dans un style européen avec des sols en marbre, des lustres et des jardins paysagers, visaient à offrir un cadre luxueux aux responsables gouvernementaux. Cependant, les travaux ont été brusquement interrompus en 2018, sans raison officielle avancée. Des habitants locaux ont émis l’hypothèse que le projet aurait pu être touché par une enquête pour corruption liée à la campagne anti-corruption plus large lancée par le président chinois Xi Jinping en 2012. Les State Guest Mansions, autrefois luxueuses, sont aujourd’hui à l’abandon, envahies par la végétation et réutilisées par des agriculteurs et des éleveurs locaux. Des vaches broutent sur les pelouses qui étaient initialement destinées aux responsables politiques, illustrant le contraste saisissant entre l’objectif initial du projet et son état actuel. Cet abandon a mis en lumière les défis auxquels est confronté le secteur immobilier chinois, marqué par une augmentation des projets inachevés et inutilisés. Selon un rapport d’un groupe de recherche lié à une association officielle de Shanghai, près de 4 % des projets de construction immobilière en Chine avaient été abandonnés en juin 2022. Cela représente 231 millions de mètres carrés d’espaces inutilisés, et des logements vacants affectant environ 65 millions de foyers dans tout le pays. Ce problème reflète un déséquilibre entre l’offre et la demande de logements dans certaines régions, notamment là où la construction a dépassé les besoins réels. Les State Guest Mansions de Shenyang ne sont pas un cas isolé. Des projets abandonnés similaires ont été signalés dans d’autres régions de Chine, soulignant une tendance plus large de surdéveloppement et de désalignement économique. Ces réalisations rappellent les complexités et les risques inhérents aux grands projets immobiliers, en particulier ceux liés à des initiatives gouvernementales ou à des attentes politiques.