Un livre explore la méfiance en France

Dans Légitime défiance, la sociologue Alexis Spire examine comment la méfiance envers l'État français s'accroît, en particulier chez celles et ceux qui se sentent déçus par ses promesses et ses actes. L'ouvrage analyse l'évolution de la relation entre les citoyens et l'État, en montrant comment celui-ci continue de réguler et d'orienter la vie publique, alors même qu'il devient plus distant et moins protecteur.

Pompiers et lycéens se mobilisent

Fin 2026, des pompiers et des lycéens français sont descendus dans la rue, traduisant une frustration plus large face aux politiques de l'État. Les pompiers, chargés de faire face à une demande croissante liée aux crises climatiques, et les lycéens, confrontés à des établissements sous-financés et à des procédures d'admission peu claires, ont tous deux exprimé leur insatisfaction quant à la capacité de l'État à les soutenir.

La méfiance, un phénomène social

Spire soutient que la méfiance n'est pas un phénomène nouveau, mais qu'elle est devenue plus visible à mesure que les gens vivent les inégalités et les promesses non tenues. Cette méfiance se forge à partir des expériences individuelles avec les institutions publiques, qui varient selon l'origine sociale, l'âge et l'accès aux ressources. Certains groupes ont des contacts plus fréquents avec l'État, et sur des bases plus matérielles, que d'autres.

Un morcellement des services publics

Les services publics en France se concentrent de plus en plus dans les grandes villes, laissant les zones rurales avec moins de ressources et aggravant les inégalités. Les décisions prises par des institutions plus grandes et plus centralisées deviennent également moins transparentes, et le recours aux plateformes numériques a réduit les contacts directs entre les citoyens et le personnel administratif, éloignant davantage les gens de l'État.

Externalisation et privatisation de l'action publique

L'État français confie de plus en plus de ses responsabilités à des entreprises privées et à des organisations non gouvernementales, ce qui a modifié la manière dont le travail public est vécu. Ce changement a entraîné davantage de tâches pour les agents, moins de moyens et un sentiment croissant de désillusion chez les travailleurs du secteur public, qui doivent désormais faire face à des attentes plus élevées et à un soutien moindre.

La méfiance redessine l'action collective

Du fait de ces transformations, la méfiance n'est plus seulement un sentiment, mais une force qui redessine la manière dont les gens s'engagent collectivement. Elle éloigne les mouvements des organisations traditionnelles et les oriente vers de nouvelles formes d'engagement qui rejettent les structures hiérarchiques et les normes imposées par l'État, cherchant à redéfinir ce que signifient la solidarité et l'action publique dans la France contemporaine.