Les entreprises d’intelligence artificielle générative, comme OpenAI, se présentent comme des bailleurs de fonds potentiels pour la recherche mondiale en créant des fondations dites « philanthropiques » et en proposant des financements « par projet ». Cette stratégie leur permet d’attirer des chercheurs en quête de soutien financier pour poursuivre leurs travaux, alors même que ces entreprises ne dégagent actuellement aucun bénéfice. Le financement public de la recherche est menacé dans plusieurs pays, dont la France et les États-Unis, ce qui renforce le rôle des acteurs privés dans le financement de la science. Ces entreprises technologiques avancent ainsi des fonds qu’elles ne possèdent pas encore, suscitant à la fois l’intérêt et l’adhésion de chercheurs en mal de ressources. De nombreuses entreprises du numérique utilisent depuis longtemps la « philanthropie » comme levier stratégique, souvent via des fondations comme la Fondation Gates, créée par Bill Gates et Melinda French Gates. Son budget pour 2025 s’élève à 91 millions de dollars, et elle a historiquement soutenu des initiatives en matière de recherche et de santé. De même, l’Initiative Chan Zuckerberg, fondée par Mark Zuckerberg et Priscilla Chan, a également financé diverses causes, bien qu’elle ait été critiquée l’an dernier pour avoir recentré ses priorités. Les chercheurs Linsey McGoey, Darren Thiel et Robin West ont analysé ce phénomène, qualifié de « philanthrocapitalisme ». Dans un article publié en 2018, ils soulignaient que cette forme de philanthropie permet souvent aux entreprises de bénéficier d’avantages fiscaux grâce à des financements présentés comme « philanthropiques ». Ils constataient aussi que les organisations philanthrocapitalistes orientent de plus en plus leurs dons vers des entreprises à but lucratif, la Fondation Gates en étant un exemple marquant. Celle-ci a en effet commencé à allouer une part croissante de ses subventions à des sociétés comme Vodafone, Mastercard et Scholastic. Suivant ce modèle, les start-up d’IA générative investissent elles aussi dans la recherche via des financements par projet. La fondation OpenAI, créée en octobre 2025, a annoncé récemment dans la revue scientifique Nature qu’elle consacrera 125 millions de dollars à des projets visant à créer des données librement accessibles pour la recherche en santé et en sciences de la vie. Ces projets incluent des travaux sur les vaccins contre le cancer, la maladie d’Alzheimer et la réutilisation des données issues d’entreprises de biotechnologie en faillite. Anthropic, une autre start-up spécialisée dans l’IA, a également annoncé un financement par projet pour la recherche sur les maladies rares. Sa présidente, Daniela Amodei, a insisté sur l’importance de la santé mondiale, précisant qu’Anthropic collabore avec des organisations humanitaires en Afrique pour utiliser son modèle d’IA, Claude, dans le domaine médical et pour anticiper les famines. Pourtant, la pérennité de ces initiatives reste incertaine. Le financement d’Anthropic prend la forme de crédits pour l’utilisation de Claude, et non de liquidités, tandis que la fondation OpenAI compte sur une future introduction en Bourse (IPO) de l’entreprise. OpenAI n’est pas encore rentable, mais vise une valorisation d’environ 1 400 milliards de dollars. Avec une participation de 26 % dans OpenAI, sa fondation prévoit de gérer un fonds de 25 milliards de dollars, ce qui en ferait l’une des organisations à but non lucratif les plus riches au monde. Malgré ces ambitions, le succès de ces projets dépendra in fine du devenir financier incertain de l’entreprise.