Les tribunaux parisiens font face au chaos alors que des dizaines de pillards comparaissent, révélant un système judiciaire sous pression et les histoires personnelles derrière les gros titres.
Salle d'audience plus bondée qu'un concert
Un policier chargé de surveiller l'entrée de la salle d'audience a lancé : « C'est pire qu'un concert de Céline Dion », décrivant l'affluence au tribunal de Paris, où quatre salles ont été réservées aux comparutions immédiates depuis lundi. La salle est remplie de proches des prévenus, de curieux, d'étudiants en droit, d'étudiants en journalisme et d'autres personnes. Certains des prévenus, récemment sortis de garde à vue et jugés pour la première fois, semblent étonnés par le nombre de spectateurs. La juge Mélanie Belot, qui ressemble à Audrey Tautou, a expliqué que la justice est rendue au nom du peuple français et que chacun peut donc assister à l'audience. Pourtant, les audiences sont décrites comme chaotiques : 16 personnes ont été jugées en une seule journée dans la salle 2.05. Un avocat de la défense, qui représente plusieurs prévenus, a déclaré qu'il n'avait pas pu aller aux toilettes depuis un bon moment, et la juge s'est montrée compatissante.La justice peine à respecter les délais
Le système judiciaire serait débordé et incapable de respecter les délais. Selon la procédure, un prévenu doit être présenté à un juge au plus tard vingt heures après la fin de sa garde à vue. Un prévenu n'a pas été présenté à temps ; il a donc été libéré et jugé un autre jour. Les prévenus, dont beaucoup avaient été vus dans des images diffusées par les médias comme membres de groupes de pillards, apparaissent désormais comme des individus : certains sont de jeunes hommes devenus salariés, pères de famille, lycéens, ou sans domicile fixe.Un jeune prévenu confronté à des problèmes de santé mentale
Un prévenu de 23 ans, originaire d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, est arrivé en France à 13 ans et vit actuellement sans domicile fixe. Il est poursuivi pour avoir détruit la vitrine d'une boutique Longines à l'aide d'une barre de fer. Son casier judiciaire comporte deux mentions pour vol aggravé et pour détention de stupéfiants alors qu'il était mineur. Son avocat a demandé une expertise psychiatrique, le prévenu étant bipolaire et ne comprenant pas ce qui se passe. La juge a accédé à cette demande et renvoyé l'affaire, l'expertise étant fixée au 23 décembre. Le prévenu restera détenu jusqu'à cette date.Un récidiviste condamné à du sursis
Un autre prévenu, âgé de 30 ans et cariste à Villeneuve-Saint-Georges, est un récidiviste qui a déjà purgé 10 mois sous bracelet électronique pour tentative d'escroquerie. Il a été arrêté pour avoir donné un coup de pied dans une vitrine et tenté un vol avec des complices. Il a reconnu avoir donné un ou deux coups de pied à la vitrine, affirmant qu'elle était déjà endommagée. Il a invoqué l'effet de groupe et a mentionné que sa compagne est enceinte. La juge a fait remarquer qu'être dehors à 3 heures du matin n'était pas idéal pour un futur père. Le procureur a soutenu que le comportement du prévenu contredisait ses propos et a requis 12 mois d'emprisonnement et 6 mois de sursis. Le prévenu a été condamné à 12 mois de sursis avec bracelet électronique et à 6 mois de sursis simple.Un agent de sécurité confronté aux conséquences professionnelles
Ryad, agent de sécurité de 26 ans originaire de Fréjus, a été arrêté pour avoir jeté une bouteille d'alcool et une chaussure sur des policiers. Il affirme avoir été influencé par la foule et avoir utilisé la bouteille pour soigner une personne blessée. Il a filmé l'intérieur d'un Monoprix saccagé et envoyé des messages sur Snapchat. La juge a lu des phrases telles que « Les gens, faites les courses ! » ou « Où sont les bonbons, je veux des bonbons ! ». Ryad a expliqué qu'il voulait réaliser une vidéo pour TikTok, mais qu'il n'a pas volé de bonbons. Il lui est interdit de se rendre à Paris pendant deux ans, et il devra vraisemblablement changer d'emploi, la condamnation figurant à son casier.Un jeune homme écope d'une peine plus légère
Louis-Sékou, 22 ans, était poursuivi pour avoir lancé une brique sur un policier et proféré une insulte. Sa mère était présente et a exprimé sa colère et son désespoir. Il a reconnu avoir ramassé la brique et l'avoir lancée, et s'est excusé. Le procureur a requis 15 mois de sursis probatoire et des travaux d'intérêt général, mais le prévenu a été condamné à 8 mois de sursis probatoire et à une amende de 800 euros.Absence de preuves, pas de condamnation
Mohamed, 26 ans, originaire d'Algérie, était poursuivi pour vol dans le contexte des pillages du week-end. Le procureur a requis de la prison et une interdiction du territoire, mais Mohamed n'a pas été poursuivi faute de preuves suffisantes. Il est assis en raison d'une blessure au genou et se trouve en situation irrégulière.De nouveaux prévenus, des audiences retardées
Trois nouveaux prévenus ont comparu devant la juge, mais les magistrats n'ont pas eu le temps de lire leurs dossiers. Il a été indiqué que « la société Louis Vuitton est partie civile dans cette affaire ». La juge Mélanie Belot a déploré l'impossibilité de les juger correctement et a renvoyé l'affaire. Aucun des prévenus n'avait de casier judiciaire ; ils seront placés sous contrôle judiciaire avec interdiction de se rendre à Paris jusqu'à leur procès, prévu le 29 décembre. L'un des prévenus, un jeune homme de 18 ans originaire de Guadeloupe, a déclaré qu'il ne comprenait pas ce que disait son avocat, ce qui a poussé celui-ci à lever les yeux au plafond et à se frapper le front.