La France fait face à une hausse des arrestations liées au pillage organisé, avec des peines sévères et de nouvelles mesures pour suivre les auteurs et freiner les gains illégaux.
Chiffres des gardes à vue et profil démographique
Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice, a déclaré que 2 500 personnes ont été placées en garde à vue depuis samedi, prises en charge par la police et la justice. Il a expliqué qu'environ 123 personnes dorment déjà en prison pour des faits commis samedi ou dimanche. Ce chiffre comprend les détentions provisoires et les premières condamnations à des peines de prison, prononcées lundi.Profil des personnes interpellées
Parmi les personnes déjà présentées à la justice, on compte « entre 95 et 98 % d'hommes » et « 70 % de majeurs ». Il s'agit « généralement de jeunes hommes connus des services de police », parfois déjà condamnés. Le porte-parole distingue ces pillards du mouvement étudiant des dernières semaines, composé majoritairement de mineurs, tout en reconnaissant que certains étudiants ont pu « se laisser emporter ».Deux groupes distincts d'auteurs
Sacha Straub-Kahn a décrit « deux vagues » d'auteurs. D'abord, les « casseurs professionnels », les black blocs, « très bien organisés », avec « un objectif politique derrière ». Ils profitent du chaos, puis « se retirent » et sont moins souvent interpellés. Viennent ensuite les auteurs d'« infractions opportunistes » qui pillent des magasins. Il ne s'agit pas de groupes ultra-gauche allés voler « chez Fnac ou Darty », a-t-il précisé, reprenant les propos du procureur de Paris.Identification et stratégies judiciaires
Les cagoules ne garantissent pas l'impunité : « Il y a toujours moyen de les identifier. » Les enquêteurs peuvent, par exemple, comparer les captures vidéo publiées sur les réseaux sociaux avec le fichier TAJ, qui recense « environ 17 millions de personnes ». Bande organisée : jusqu'à 10 ans de prison. Il a indiqué que la plupart des dossiers doivent être jugés entre ce mardi et mercredi, avec des moyens renforcés pour faire face à l'ampleur de la situation.Procédures judiciaires et sanctions
« Normalement, vous avez deux audiences de comparution immédiate (à Paris) par jour, aujourd'hui vous en aurez six, donc on triple le nombre d'audiences. » Il a aussi expliqué que le nombre de plaintes des commerçants n'est pas encore connu. Sacha Straub-Kahn a par ailleurs révélé que le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a demandé aux procureurs de revoir la méthode et de retenir la qualification de bande organisée. Cela permet de prolonger la garde à vue au-delà de 24 ou 48 heures et d'utiliser des « techniques d'enquête spéciales », comme la géolocalisation et l'exploitation des téléphones portables.Peines sévères et conséquences juridiques
Les peines sont lourdes. Un vol en bande organisée est « puni de 10 ans de prison », une sanction « aussi sévère que le trafic de stupéfiants ». « Ce n'est pas comme voler une tablette de chocolat dans un supermarché », a-t-il insisté. Sacha Straub-Kahn a également annoncé qu'une instruction gouvernementale prévoit d'« intégrer les revenus illégaux » dans le calcul des prestations sociales. Son exemple : « Vous avez vendu 100 paires de chaussures sur Vinted parce que vous avez pillé un magasin », donc « nous les considérerons rétroactivement comme des revenus » et « les déduirons de vos droits sociaux ».Limites et législation à venir
Pour les commerçants, les procureurs de Lille ont mis en place une procédure plus simple : leurs coordonnées sont recueillies « presque automatiquement » afin d'éviter un « cauchemar administratif ». Les procureurs doivent désormais se rapprocher des préfets pour généraliser cette procédure. Le porte-parole a toutefois rappelé plusieurs limites. D'abord, l'indépendance des juges : le ministre peut adresser des circulaires générales, mais ne peut pas donner d'instructions dans une affaire. « Vous ou moi, nous comparaissons demain devant la justice, nous sommes bien contents que ce ne soit pas le ministre de la Justice qui donne des instructions aux juges. » Ainsi, les 10 ans de peine ne seront pas automatiques. Ensuite, la loi Casseur-Payeur, en cours d'examen au Sénat, ne sera pas effective avant début 2027 et « ne s'appliquera pas rétroactivement aux faits qui nous concernent aujourd'hui ».