Des centaines de manifestants font face à des poursuites judiciaires sévères après les mobilisations du 17 octobre, les avocats dénonçant un système utilisé comme outil de répression.
Une sévérité judiciaire après les manifestations du 17 octobre
Des centaines de manifestants interpellés à la suite des mobilisations du 17 octobre en France font face à une procédure judiciaire exceptionnellement dure, et des professionnels du droit dénoncent un système à caractère politique. Les avocats affirment que la justice est utilisée pour étouffer la contestation plutôt que pour rendre la justice.Des avocats dénoncent une justice politique
Cinquante avocats ont assisté aux audiences tenues à Paris le 20 octobre pour protester contre ce qu'ils décrivent comme une « répression historique ». Selon eux, le système privilégie l'ordre au détriment des principes juridiques équitables. Un avocat a déclaré : « Nous n'accepterons jamais que la justice devienne le bras armé de la répression. »Un grand nombre de personnes détenues traitées rapidement
Selon la procureure de Paris, Laure Beccuau, 300 des 557 personnes arrêtées après la manifestation du 17 octobre avaient déjà comparu devant un magistrat au 20 octobre. Le parquet a qualifié le nombre de saisines de la justice de « sans précédent ».De jeunes prévenus face à des accusations lourdes
Parmi les personnes jugées figurait Victor, étudiant de 21 ans, poursuivi pour avoir lancé des projectiles sur des policiers et crié « ACAB ». Le parquet a requis cinq mois de prison, mais le tribunal l'a condamné à six mois avec sursis. Un autre prévenu, Ryan, 20 ans, interpellé en possession de lunettes volées, faisait l'objet d'une demande de deux ans de prison.De jeunes prévenus sans antécédents judiciaires
François, 20 ans, et Mathilde, 19 ans, ont également été jugés sévèrement alors qu'ils n'avaient aucun casier judiciaire. François était accusé d'avoir porté un couteau et une matraque de police, tandis que Mathilde avait un masque à gaz et avait inscrit le numéro d'un avocat sur son bras. Le parquet a requis sept mois de prison et le tribunal a condamné François à huit mois, dont deux fermes.Des professionnels du droit critiquent les conditions de détention
Maiwelle Mezi, avocate parisienne, a décrit les conditions de garde à vue comme une « indignité sans précédent », évoquant notamment des cellules surpeuplées et un accès limité aux toilettes. Elle a critiqué le recours à des qualifications telles que « participation à un groupement en vue de commettre des dégradations », qui, selon elle, visent à étouffer la mobilisation politique.Des procédures sous surveillance
Maiwelle Mezi s'est également inquiétée du recours à des mandats de dépôt contre des prévenus sans antécédents, estimant que cette pratique viole le principe de la peine individualisée. Elle a remis en question l'équité de l'interdiction de séjour à Paris faite à des personnes ayant participé à des manifestations.L'influence du gouvernement sur la justice
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, aurait demandé aux procureurs de traiter ces affaires comme relevant de la criminalité organisée, ce qui allonge les durées de garde à vue. Cette position suscite des critiques de la part de professionnels du droit, dont Manon Lefebvre, du Syndicat de la magistrature, qui met en garde contre les pressions politiques exercées sur la justice.La répression comme outil politique
Raphaël Kempf, avocat pénaliste, a qualifié l'approche du gouvernement de « minutieusement orchestrée » pour réduire la contestation. Il a reproché à Gérald Darmanin d'agir comme s'il était le procureur de la nation, soulignant que l'objectif était passé de la justice au maintien de l'ordre par la force et la répression.Manifestations prévues et réponse policière
Une deuxième mobilisation a été annoncée pour le 24 octobre, le gouvernement promettant un déploiement policier « massif ». Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a évoqué le recours aux unités antiterroristes spécialisées pour faire face aux manifestations, signe de tensions persistantes entre l'État et les manifestants.