Une récente production de Alcina de Georg Friedrich Haendel, mise en scène à Lille, a suscité des réactions variées tant de la part des critiques que du public. Mise en scène par Ewelina Marciniak, cette version de l’opéra propose une réinterprétation du livret original, centrée sur les rôles de genre et les thèmes féministes. Si ces modifications visent à moderniser le récit, certains critiques ont remis en question la cohérence dramatique des nouveaux éléments, estimant qu’ils semblaient peu liés entre eux et manquaient d’impact théâtral marqué. Karine Deshayes a fait ses débuts dans le rôle-titre d’Alcina à Lille. Si sa performance a d’abord été sobre, elle a progressivement trouvé une profondeur émotionnelle accrue, notamment dans les airs les plus mélancoliques. Adèle Charvet, qui a endossé un rôle important, a fait preuve de charme et de maîtrise technique, mais a été critiquée pour son manque d’intensité dramatique, jugée insuffisante pour captiver pleinement le public. À l’inverse, les trois autres interprètes féminines — Jasmin White, Lilit Davtyan et Ahsley Riches — ont été plus convaincantes dans leurs personnages. Riches, en particulier, a donné au personnage de Melisso une profondeur rarement atteinte dans les interprétations de cet opéra. Côté masculin, Camille Chopin a incarné Oberto, désormais marié à « l’héroïne », apportant une nouvelle complexité à la production. Son interprétation a ajouté une nuance émotionnelle au rôle. Josh Lovell, quant à lui, a impressionné par la puissance de sa voix et sa présence scénique, contribuant à la qualité globale de la performance. Le Concert d’Astrée, dirigé par Emmanuelle Haïm, a offert une prestation techniquement irréprochable. Chaque soliste s’est distingué, et l’ensemble a répondu avec efficacité aux exigences dramatiques des scènes, offrant ainsi une base musicale solide à la production.