Dans les Pyrénées-Orientales, région du sud de la France, les habitants vivant dans des cabanes — souvent construites sur des terrains ruraux — ont subi d'importantes pertes à cause des récents incendies. Beaucoup d'entre eux déclarent se sentir négligés ou discriminés par les autorités locales, qui renforcent l'application d'une politique connue sous le nom de « lutte contre la cabanisation ». Cette initiative vise à réguler et réduire le nombre de cabanes, souvent construites sans permis et considérées comme des risques potentiels d'incendie. Julien, résident de Bouleternère et Ille-sur-Têt, a perdu sa cabane et les structures environnantes lors d'un feu parti de Trévillach le 5 juillet. La cabane, construite en 1987, a été entièrement détruite, ne laissant que des décombres calcinés. Julien, qui vivait en autarcie sur le terrain qu'il avait acheté en 2012, a également perdu une pépinière et une serre. Si les dégâts matériels sont estimés à plusieurs dizaines de milliers d'euros, il souligne que la perte de son mode de vie autonome est la blessure la plus douloureuse de cet incident. D'autres habitants ont connu des situations similaires. Chris, qui avait transformé en quatre ans un terrain de 500 m² en ce qu'elle appelait un « petit paradis », a vu sa cabane réduite à une dalle de béton et un toit métallique après l'incendie. Kaika, une voisine qui rénovait sa cabane depuis six ans, a perdu à la fois sa propriété et ses animaux. Elle et Chris ont tenté de sauver leurs bêtes, mais en ont été empêchées par des gendarmes. Beaucoup de ces résidents se sont vu refuser la reconnaissance officielle de victimes de catastrophe, ce qui limite leur accès à une aide financière et un soutien. Au 1er décembre 2024, 174 maires sur 226 dans les Pyrénées-Orientales ont signé la charte préfectorale « anti-cabanisation », qui mobilise plusieurs services pour identifier et gérer les constructions de cabanes non autorisées. Environ 550 procédures judiciaires sont en cours dans le département. Un récent projet de loi sénatorial, adopté le 6 mai, permet aux préfets et aux municipalités d'ordonner des évacuations et des démolitions sans validation judiciaire. Ce texte bénéficie du soutien des Républicains et de sénateurs des Pyrénées-Orientales. Les détracteurs de la politique « anti-cabanisation » estiment qu'elle reflète des tendances sociétales plus larges de droite et qu'elle se concentre sur la prévention des incendies, affirmant que les habitants des cabanes augmentent les risques pour les pompiers. Pourtant, des défenseurs comme Guillaume de Salvert, de la Fédération du Logement Réversible, soutiennent que ces habitations sont une solution pragmatique face à la crise du logement et que les pouvoirs publics devraient les accompagner plutôt que les réprimer. Il rappelle que l'ensemble de la région est exposé aux risques d'incendie et d'inondation, et pas uniquement les zones où se trouvent des cabanes. Certains résidents, comme Julien, ont tenté de réduire les risques en faisant pâturer des chèvres pour débroussailler, suivant les conseils d'anciens responsables locaux des incendies. Malgré ces efforts, beaucoup estiment être injustement ciblés par les autorités. Ce climat hostile pousse certains à envisager de quitter la région, car ils ont le sentiment que leurs efforts pour vivre durablement sont ignorés, voire sanctionnés.