Les communautés nomades en France subissent ce que beaucoup décrivent comme un racisme environnemental, vivant à proximité de zones polluées comme l’usine chimique Lubrizol et les entrepôts Normandie Logistique à Rouen. Ces sites ont fait la une de l’actualité en 2019 après un incendie dans les entrepôts, mettant en lumière les dangers encourus par les riverains. William Acker, avocat et auteur issu de ces communautés, évoque les défis auxquels elles sont confrontées, notamment le manque de logements décents, souvent à l’origine de la création de bidonvilles. Environ 300 000 personnes vivent de manière nomade en France, mais seulement 26 000 places d’accueil sont disponibles, ce qui signifie que les familles sont fréquemment expulsées toutes les deux semaines sans solution claire. Ceux qui parviennent à obtenir une place dans les aires d’accueil vivent dans des espaces initialement prévus pour le stationnement temporaire, que beaucoup ont transformés en domiciles permanents. Quitter ces espaces risque de leur faire perdre leur place et de les exposer à des difficultés administratives.
Dans la ville de Petit-Quevilly, près de Rouen, des familles ont vécu sur le site de Lubrizol pendant une vingtaine d’années avant l’incendie. Il est presque impossible d’acheter un terrain et de s’y installer, car les lois d’urbanisme de la plupart des communes interdisent l’utilisation des caravanes comme logement, même sur des terrains privés. Cette utilisation n’est autorisée que si le maire local l’autorise. Les personnes contraintes à l’errance deviennent souvent des « fantômes sociaux », n’étant visibles qu’à travers leurs problèmes juridiques ou la présence de bidonvilles.
Le racisme environnemental, terme apparu aux États-Unis dans les années 1980, désigne l’impact disproportionné des nuisances environnementales sur les communautés marginalisées. En France, ce phénomène touche particulièrement les nomades, soumis à la loi Besson. Adoptée en 2000, cette loi oblige les communes de plus de 5 000 habitants à aménager des aires d’accueil pour les communautés nomades. Pourtant, ces espaces sont souvent situés dans des zones polluées ou industrielles, reflétant une forme systémique de racisme environnemental. Créée pour répondre à la nécessité de développer rapidement ces espaces sans encadrement strict sur leur localisation, la loi a conduit les autorités locales à privilégier des sites faciles à gérer, même s’ils se trouvent près de zones dangereuses. Ces choix ont abouti à la création d’aires d’accueil souvent proches d’usines, de décharges et d’autres sites industriels, où le terrain est moins cher. Cela révèle une volonté d’exclusion de ces communautés, qu’elle soit consciente ou non.
Face à la montée des préoccupations, le gouvernement français a ajouté en 2022 un critère environnemental à l’attribution des subventions. Cependant, cette mesure est jugée insuffisante pour répondre aux besoins réels des communautés nomades. Les gens du voyage rapportent depuis longtemps des problèmes de santé liés à leurs conditions de vie. Une étude de Santé publique France en 2024 a confirmé que leur état de santé est significativement moins bon que la moyenne nationale, avec une prévalence accrue d’hypertension, de stress, d’obésité et de troubles mentaux.
William Acker décrit une « indifférence organisée » de la société face aux difficultés des nomades, plutôt qu’un choix raciste délibéré. Il explique que les autorités locales préféreraient se passer des nomades si possible, mais la loi Besson leur offre un cadre juridique pour gérer ces communautés. L’article 9 de la loi permet à une commune ayant créé une aire d’accueil d’interdire aux nomades de s’installer ailleurs sur son territoire. Cela a conduit à des approches variées parmi les communes : certaines préfèrent expulser plus facilement les nomades, tandis que d’autres les regroupent dans des zones éloignées. Cependant, le système juridique et administratif aboutit souvent à marginaliser les nomades, quelles que soient les intentions des autorités locales.
Lorsqu’ils demandent des terrains, les arguments écologiques sont souvent brandis contre eux. Cela peut prendre la forme d’accusations selon lesquelles ils seraient des envahisseurs gaspillant les ressources, par exemple en chassant ou en cultivant. Certaines zones sont également classées comme protégées, empêchant l’aménagement d’aires d’accueil ou de logements. Il existe même des propositions au Parlement d’utiliser les « atteintes à l’environnement » comme motif pour évacuer des campements nomades. Cela montre comment la loi environnementale peut servir à renforcer l’exclusion.
William Acker souligne l’importance pour les mouvements écologistes d’adopter une approche antiraciste. Il met en garde : si l’écologie ne prend pas cette direction, elle pourrait finir par servir des politiques d’extrême droite, un phénomène qu’il qualifie d’« écofascisme ». Il rappelle que d’autres populations en France subissent aussi un racisme environnemental, souvent dans des territoires exploités au détriment de groupes marginalisés. Parmi ces exemples figurent les essais nucléaires en Algérie et en Polynésie, l’utilisation du pesticide chlordécone en Martinique, ou encore la pollution au mercure en Guyane affectant les peuples autochtones. Ces cas illustrent une violence lente, où les effets néfastes des atteintes à l’environnement ne sont pas toujours immédiatement visibles, mais s’accumulent avec le temps.
Le mouvement écologique commence à s’emparer de ces enjeux, avec l’émergence d’organisations écologistes plus antiracistes. Pourtant, William Acker note que ces rencontres manquent souvent de diversité et d’une réelle volonté antiraciste. Il existe cependant des raisons d’espérer, comme en témoigne le festival Les Résistantes en 2025. L’urgence est palpable, d’autant plus avec la montée potentielle de l’extrême droite en 2027, qui pourrait offrir de nouveaux récits politiques. Pour répondre à ces défis, il est nécessaire de rassembler les luttes et de créer des organisations inclusives reflétant les besoins de toutes les communautés.
William Acker insiste sur la nécessité pour le mouvement progressiste de s’unir et de porter un récit commun. Cela inclut de s’attaquer aux préjugés anti-Gens du voyage et de donner la parole à ceux qui en sont victimes. Il évoque l’importance de la convergence des luttes, non pas comme un simple slogan, mais comme un effort concret pour bâtir des organisations démocratiques et attentives à tous. Cela passe par la remise en question du « centre blanc » de nombreux espaces écologistes et par l’abandon, de la part des personnes blanches, de certains privilèges, de confort et de pouvoir.
Pour changer la situation des communautés nomades, il faut les considérer comme des citoyens à part entière. En France, la citoyenneté est liée à la possession d’un logement stable, ce qui rend difficile pour les nomades l’accès aux services publics et aux droits sociaux. Les solutions ne sont pas forcément coûteuses, mais elles exigent une volonté politique et la création de politiques reconnaissant les droits de tous, quel que soit leur mode d’habitat. Tant que l’écart entre le nombre de nomades et le nombre de places d’accueil disponibles persistera, il y aura des bidonvilles. Cette situation n’est pas seulement coûteuse, elle accentue aussi la marginalisation et alimente la haine. William Acker conclut que le nomadisme n’a jamais vraiment existé en France, car tous les individus ont un lien avec leur territoire. Ils n’ont pas besoin d’être intégrés : ils font déjà partie de la société. Ce qu’ils réclament, c’est simplement les mêmes droits que les autres.
Racisme environnemental et luttes des communautés nomades en France
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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