Les piscines Tournesol de France, symbole de la modernité des années 1970, sont aujourd'hui menacées de fermeture ou de dégradation, certaines ayant obtenu le statut de patrimoine.
Origines des piscines Tournesol
Il existe 183 piscines Tournesol en France, chacune d'un diamètre de 35 mètres, implantées depuis 1972 dans des quartiers périurbains et des bourgs ruraux. Ces piscines faisaient partie d'un programme national de construction de piscines de type industriel. Seules une centaine fonctionnent encore, ce qui signifie qu'environ 80 piscines Tournesol sont fermées, démolies ou transformées, soit près de la moitié du total. Le programme a été lancé après les Jeux olympiques de Mexico en 1968, à la suite des mauvais résultats de la France en natation aux Jeux olympiques de 1968.Conception et structure des piscines
Les piscines Tournesol sont recouvertes d'un dôme léger de 35 mètres de diamètre et de 6 mètres de hauteur, posé sur un socle en maçonnerie. Le dôme couvre environ 1 000 mètres carrés, soit près de quatre courts de tennis. La coque comporte 36 arceaux métalliques recouverts de tuiles en polyester, et un arceau sur deux possède sept fenêtres. Une partie des arceaux coulisse en été pour dégager le bassin. Wikipédia décrit deux secteurs mobiles s'ouvrant à 60 degrés, tandis que la fiche du ministère de la Culture mentionne 12 arceaux rétractables et un angle de 120 degrés. Le public les a rapidement surnommées champignon, voire soucoupe volante.Évolution du programme
À l'origine, 250 piscines étaient prévues, mais seules 183 ont été construites. La première phase de l'opération « Mille Piscines » visait à doter les zones urbaines et rurales d'un équipement utilisable en été comme en hiver, par les écoliers comme pour les loisirs. La première piscine Tournesol a été mise en service en 1972 à Nangis, en Seine-et-Marne. Ce prototype a depuis été détruit, tout comme le premier exemplaire, à Roissy-en-Brie. Le Tournesol n'était que l'un des cinq modèles retenus : Caneton, Plein soleil, Plein ciel, Iris et Tournesol.Difficultés et rénovations
Conçues avec des matériaux peu coûteux selon le principe des structures préfabriquées, ces piscines vieillissent mal, et les nouvelles normes d'isolation imposent des travaux de rénovation coûteux. Pour une commune, rénover un dôme de 1 000 mètres carrés peut parfois revenir plus cher que de construire autre chose. À Blois, la ville a choisi une troisième voie : la piscine a été reconstruite à partir d'octobre 2003 et a rouvert en juillet 2004 avec un dôme modernisé. Un cas rare, la plupart des communes n'ayant pas fait ce pari. Le nombre exact de démolitions n'est pas établi.Reconnaissance et importance culturelle
Une partie du parc a reçu une reconnaissance officielle. Bonneveine (2000), Carros-le-Neuf (2006) et Biscarrosse (2012) ont obtenu le label « Patrimoine du XXe siècle ». Ce label a été remplacé en 2016 par « Architecture contemporaine remarquable », créé par le ministère de la Culture. Lingolsheim l'a obtenu en 2023, Clermont-Ferrand en 2025, et Raismes et Divion en 2024. À Lingolsheim, la piscine construite en 1980 a été rénovée en 2014 par l'agence Urbane Kultur, puis mise aux normes actuelles.Héritage et influence
Ce patrimoine est aussi affectif. Des champions comme Alain Bernard, Laure et Florent Manaudou ont appris à nager dans ces piscines. Le Monde, dans sa série estivale de 2022, a consacré un article à ces coques en polyester percées de hublots, avec la piscine de Bondy en arrière-plan. Pour retrouver celles de votre région, la base Mérimée du ministère de la Culture propose une notice pour chaque bâtiment labellisé. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, 28 de ces dômes ont été construits, soit environ un sur six.