Le procès de Robert Ménard, maire d’extrême droite de Béziers dans l’Hérault, s’est ouvert mercredi 30 septembre au tribunal correctionnel de Montpellier. L’élu est poursuivi pour avoir refusé de célébrer le mariage d’Eva M., Française, et de Mustapha B., un Algérien sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) au moment des faits. Ménard avait évoqué un possible « mariage blanc » et estimé qu’un maire ne pouvait être contraint d’unir par les liens du mariage une personne en situation irrégulière sur le sol français. Quelques jours après ce refus, Mustapha B. a été expulsé vers l’Algérie, où le couple s’est finalement marié à l’été 2026. Aujourd’hui, ils vivent séparément, Eva M. restant en France avec leurs enfants. Robert Ménard risque jusqu’à cinq ans de prison, une amende de 75 000 euros et une peine d’inéligibilité. Le parquet de Montpellier a requis une amende de 7 500 euros, bien inférieure au maximum encouru. L’intéressé a assuré qu’il prendrait la même décision aujourd’hui, affirmant qu’il aurait agi de la même manière si l’époux avait été chinois. Il a qualifié la situation d’« incroyable » et critiqué la gestion de l’OQTF par l’État. Il a également affirmé avoir alerté les autorités locales et nationales avant le mariage, les accusant de le placer dans une position intenable. L’avocate d’Eva M., Vanessa Edberg, a souligné que le refus de Ménard avait contraint le couple à vivre séparément pendant une longue période. Elle a rappelé qu’Eva M. a trois enfants issus de précédentes unions et ne peut s’installer en Algérie, où Mustapha B. travaille comme marin. Elle a insisté sur le fait que le couple n’avait rien à cacher et ne cherchait pas une tribune politique, mais simplement justice. Robert Ménard a demandé à plusieurs personnalités politiques de témoigner en sa faveur, dont deux candidats à la présidentielle : David Lisnard, président de l’Association des maires de France, et Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur et candidat à la présidentielle. Les deux ont soutenu sa position. Retailleau a notamment déclaré que célébrer ce mariage aurait « neutralisé » une décision de l’État et qu’il n’aurait pas non plus officié. L’affaire a relancé le débat. En 2025, le président Emmanuel Macron avait qualifié de « ubuesque » la situation des maires contraints d’unir par le mariage des personnes en situation irrégulière, un terme évoquant l’absurdité. Une proposition de loi visant à interdire de telles unions est actuellement examinée en commission à l’Assemblée nationale. Si l’Association des maires de France y est favorable, l’Association nationale des villes et territoires accueillants (Anvita) la juge « discriminatoire ». Ménard a qualifié la situation d’« absurde » et demandé l’intervention du chef de l’État, bien qu’Emmanuel Macron ne se soit pas déplacé pour le procès. Par ailleurs, Mustapha B. a porté plainte contre Ménard pour diffamation publique après que ce dernier l’a faussement accusé à la télévision d’avoir été condamné pour « viol en réunion ». Le procès s’annonce tendu, Ménard lui-même prédisant une condamnation, alors qu’il a été réélu avec plus de 65 % des voix au premier tour il y a six mois.