La réalisatrice Kristina Mikhailova explore, dans son film River Dreams, la vie des femmes au Kazakhstan à travers la métaphore du fleuve Aksay, qui parcourt 130 kilomètres à travers le pays. Ce documentaire, dont la production a duré cinq ans, s’appuie sur des entretiens menés auprès de 100 femmes, dont 15 apparaissent dans la version finale. Mikhailova souhaitait créer « un portrait politique du Kazakhstan à travers un regard féminin », mettant en lumière des thèmes comme la liberté, la violence, la dignité et l’appartenance. Le film a reçu une reconnaissance internationale, remportant le Prix du Jury œcuménique dans la section Forum de la Berlinale 2026 et cumulant près d’une trentaine d’invitations en festivals. Il a également été primé comme meilleur documentaire lors du Festival international du film documentaire UmutDoc à Bichkek, au Kirghizistan, et a connu trois séances complètes au Kazakhstan. Il connaîtra sa première française au Festival international du film de La Roche-sur-Yon le 16 octobre 2026. Mikhailova a souligné que la diffusion de son film au Kazakhstan a été entravée par la censure, l’empêchant d’y être projeté à l’échelle nationale. Elle a exprimé sa frustration face aux difficultés rencontrées pour obtenir une sortie généralisée dans son pays d’origine, malgré l’accueil positif du public, qui a réagi avec émotion à son contenu. Le titre River Dreams reflète la vision de Mikhailova d’une « sororité des fleuves », l’Aksay étant représentatif de nombreux cours d’eau d’Asie centrale. Elle y a intégré l’histoire de sa grand-mère ukrainienne, dont le récit n’était pas prévu initialement mais est devenu central lors du montage. Mikhailova a insisté sur l’importance de montrer la « capacité d’agir » des femmes, évitant de les réduire à leur statut de victimes et mettant plutôt en avant leur force et leur résilience. Le film mêle éléments documentaires, métaphores, musique et images stylisées, et Mikhailova ne le considère pas comme un documentaire classique. La musique y joue un rôle majeur, avec notamment des chants a cappella interprétés par des femmes le long du fleuve et une déclaration méta-ironique du groupe KeshYOU. Mikhailova, qui se définit comme une Kazakhe d’origine russe, a évoqué sa relation complexe avec son pays, mêlant attachement profond et sentiment de rejet. Elle envisage l’avenir du Kazakhstan à travers ses habitants, reconnaissant à la fois l’espoir et la souffrance qui traversent son présent.