Une conversation entre Franck-Philippe Georgin et Philippe Rodet soulève des questions sur la manière dont les entreprises en France gèrent leurs salariés, en mettant l’accent sur l’engagement et la santé mentale. Selon un récent rapport, seulement 8 % des travailleurs français se sentent pleinement engagés dans leur travail, et près de la moitié subissent une forme de stress psychologique. Ces chiffres révèlent un problème plus profond lié à l’organisation du travail et aux pratiques managériales, plutôt qu’à des cas isolés de mauvaise gestion. Georgin souligne que, malgré l’introduction de davantage d’outils, de formations et d’indicateurs de performance pour améliorer le management, la situation reste inchangée. Il estime que les méthodes employées par les managers dans les entreprises françaises reflètent encore des idées anciennes, fondées sur le contrôle, la hiérarchie et les ordres, même si les outils ont évolué. Cela inclut des processus, des validations, des rapports réguliers et des indicateurs de performance, qui peuvent créer une situation où les salariés sont censés faire preuve de créativité et d’autonomie tout en se sentant constamment surveillés et assignés à des tâches floues. Rodet, lui, s’intéresse à la manière dont une mauvaise gestion peut directement impacter la santé. Il explique qu’en cas de stress prolongé et sans possibilité de récupération, l’environnement de travail devient nocif. L’organisme peut s’adapter à un état de tension permanente, ce qui affecte le sommeil, la concentration et les niveaux d’énergie. Il insiste également sur la nécessité de repérer tôt les problèmes de motivation et l’importance des relations personnelles et étroites pour y remédier. L’idée des « Bienveilleurs », ou collègues bienveillants, est présentée comme une solution pour détecter et accompagner les difficultés en milieu professionnel. Il s’agit d’employés formés pour écouter et orienter leurs pairs vers les ressources adaptées. Ils ne sont pas des psychologues ou des soignants, mais constituent un réseau de soutien au sein de l’entreprise. Cette approche s’inspire du concept québécois des « personnalités sentinelles », visant à instaurer un sentiment de responsabilité collective à travers les relations entre pairs. Georgin, diplômé de l’ENA et ayant exercé dans les secteurs public et privé, estime que des défis managériaux similaires existent dans les deux domaines, surtout à mesure que les organisations gagnent en taille et en complexité. Il précise que la « gestion du bien-être » ne consiste pas à éluder les responsabilités ou à transformer l’entreprise en un centre de bien-être, mais à trouver un équilibre entre les exigences professionnelles et le soin apporté aux employés. Rodet, médecin urgentiste de formation et spécialiste du stress et de la motivation, a collaboré avec de nombreuses organisations. Il est également l’auteur de Les Bienveilleurs (Eyrolles, 2026), un ouvrage qui approfondit ces réflexions.