Les préférences de vote des fonctionnaires reflètent désormais celles du secteur privé, le Rassemblement national progressant, sauf chez les enseignants.
Les fonctionnaires s'alignent sur les électeurs du secteur privé
Les fonctionnaires en France ont progressivement aligné leurs choix électoraux sur ceux du secteur privé, le Rassemblement national (RN), d'extrême droite, gagnant du terrain parmi eux. Les enseignants restent une exception, avec un alignement plus marqué à gauche.Un alignement historique à gauche dans le secteur public
Depuis la Seconde Guerre mondiale, le secteur public en France s'est globalement situé à gauche, les fonctionnaires étant historiquement proches du Parti socialiste. Cet alignement idéologique reposait sur l'importance accordée aux services publics dans le projet républicain, fondé sur les idéaux d'égalité, de laïcité et de méritocratie, en particulier dans l'éducation.Une polarisation vers les extrêmes gauche et droite
Depuis 2017, les agents du secteur public comme les salariés du privé montrent une polarisation vers la gauche radicale (LFI) et la droite radicale (RN), avec un recul des voix socialistes au profit du vote macroniste. Le transfert des voix de la droite modérée (LR) vers l'extrême droite est également notable.Une progression de l'extrême droite chez les fonctionnaires
Entre 2019 et 2026, la part des fonctionnaires d'État se déclarant proches du RN est passée de 12 % à 24 %, tandis que celle des salariés du secteur privé est passée de 22 % à 35 %. Le renforcement de l'extrême droite chez les fonctionnaires touche toutes les catégories hiérarchiques, avec des proportions plus élevées parmi les agents de rang inférieur.Des différences hiérarchiques dans les orientations politiques
En 2026, les cadres de catégorie A des trois fonctions publiques (territoriale, hospitalière, enseignante) étaient proches des partis d'extrême droite à hauteur d'environ 19 %, contre 44 % pour les agents de catégorie C. La fonction publique territoriale (FPT) comptait la plus forte proportion d'agents proches des partis d'extrême droite, à 35 %, suivie de la fonction publique hospitalière (FPH) à 32 % et de la fonction publique d'État enseignante (FPE) à 29 %.L'enseignement reste une exception
L'enseignement demeure une exception, les professeurs du second degré affichant un alignement plus marqué à gauche. Aux élections législatives de 2024, les enseignants du second degré ont voté à 44 % pour la gauche, 27 % pour le centre, 11 % pour la droite et 19 % pour l'extrême droite. À l'inverse, l'ensemble de la FPE a voté à 32 % pour la gauche, 26 % pour le centre, 10 % pour la droite et 31 % pour l'extrême droite.Les raisons de l'attrait de l'extrême droite chez les fonctionnaires
La progression des partis d'extrême droite s'explique par le transfert de voix des forces de droite modérée vers le RN, qui a réorienté son offre vers le renforcement des services publics. Par ailleurs, la radicalisation sur les questions de sécurité et d'immigration a alimenté le vote RN, perçu comme une réaction défensive face à la mondialisation. Le sentiment d'impuissance publique et la perte de souveraineté de l'État, éprouvés par les fonctionnaires, contribuent également à l'attrait de l'extrême droite, dans la mesure où ils aspirent à un retour de l'autorité et à un rejet des politiques néolibérales.