Une enquête sur les programmes économiques des partis d’extrême droite européens révèle de fortes variations dans leur rapport à l’État et au marché. Malgré ces différences, un principe clé reste constant : l’appartenance nationale détermine qui doit bénéficier de la protection économique et sociale. Cette idée structure les politiques des partis d’extrême droite depuis des décennies, même si leurs propositions concrètes ont évolué. Un examen comparatif des programmes des partis d’extrême droite en Europe montre que leurs positions sur les questions économiques ont connu des changements significatifs au fil du temps. Par exemple, avant le Medef, fin août 2026, Marine Le Pen défendait des baisses d’impôts, tandis que le Rassemblement national (RN), anciennement Front national (FN), avait auparavant davantage mis l’accent sur la protection sociale. Cela soulève une question : le RN est-il « de gauche » ou « de droite » sur le plan économique ? Des recherches analysant plus de quarante ans de documents de campagne et de communications du RN, de la Ligue italienne, du Vlaams Belang belge et du PVV néerlandais révèlent que leurs positions économiques ont évolué de manière marquée. Ces partis ne s’inscrivent pas de façon cohérente dans l’axe gauche-droite traditionnel, généralement défini par leur rapport à l’État et au marché. Pourtant, leur logique sous-jacente est restée relativement stable dans le temps. Pour les partis d’extrême droite, cette logique repose sur l’idée que les ressources économiques doivent être allouées selon une conception particulière de la communauté politique, de la contribution et de la responsabilité. L’appartenance nationale est le principe central pour déterminer qui doit bénéficier de la protection économique et sociale. Cela diffère de la gauche, qui base souvent la redistribution sur les inégalités sociales et les rapports de classe, et de la droite libérale, qui privilégie le marché et la responsabilité individuelle. Les politologues tentent depuis longtemps de classer les programmes économiques des partis d’extrême droite. Historiquement, ces partis étaient associés au libéralisme économique, mais ils ont progressivement adopté des positions plus interventionnistes, soutenant une forme de « chauvinisme social » qui réserve la protection sociale aux nationaux. Certaines études suggèrent que le flou de leurs positions économiques leur permet d’élargir leur électorat. Les données issues des programmes partisans montrent que le RN s’est éloigné de l’approche laissez-faire qui dominait dans les années 1980 et 1990 depuis les années 2000. Cela ne signifie pas pour autant que le RN soit « de gauche ». Un indice PlanEco, qui mesure le soutien à l’intervention de l’État et à la planification économique par rapport au libéralisme de marché, révèle que la position du RN a fluctué dans le temps, influencée par différents contextes politiques et économiques. Nos recherches mettent en lumière trois cadres d’analyse récurrents qui définissent qui doit bénéficier des ressources collectives et qui est responsable des difficultés économiques. Il s’agit du chauvinisme économique, qui privilégie la protection des communautés nationales ; du productivisme, qui valorise ceux qui travaillent et contribuent ; et du populisme, qui impute les problèmes économiques aux élites politiques. Ces cadres aident à expliquer comment des politiques apparemment contradictoires peuvent être justifiées au nom d’une logique commune.