Le 30 septembre, la Côte d’Ivoire a livré le premier lot d’équipements à ses forces de sécurité pour lutter contre l’orpaillage illégal en six mois. Cette livraison comprenait 30 pick-up, 35 véhicules de transport de troupes, 300 motos, 12 zodiacs et plusieurs drones. Ces ressources sont destinées au Groupe spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI), à la Brigade spéciale de surveillance et d’intervention, ainsi qu’aux unités locales de la gendarmerie et des Eaux et Forêts. La commande totale porte sur 48 pick-up, 40 véhicules de transport de troupes, 360 motos, 84 zodiacs et 35 drones. Ces équipements seront déployés dans onze régions prioritaires : Bagoué, Bounkani, Cavally, Gbêkê, Hambol, Iffou, Indénié-Djuablin, Moronou, Nawa, Sud-Comoé et Worodougou. Début septembre, les préfets régionaux se sont engagés à éradiquer l’orpaillage illégal dans leurs zones d’ici six mois. Le problème touche 29 des 31 régions du pays, et les autorités reconnaissent que les sites évacués sont souvent réoccupés. Un projet de loi ciblant les financiers a été adopté lors d’un atelier national à Yamoussoukro les 4 et 5 septembre. Le Conseil national de sécurité (CNS) a réitéré son plan le 17 septembre, qui prévoit le renforcement des forces locales, l’ajout de bataillons au GS-LOI et la création de 21 pelotons de sécurité fluviale pour surveiller quatre grands cours d’eau. Le CNS a également suspendu pour six mois l’attribution de nouveaux permis d’exploitation minière semi-industrielle et artisanale. Le plan inclut la restauration des terres dégradées par des moyens militaires et la reconversion des mineurs vers des activités légales. Le 23 septembre, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi visant à modifier le Code pénal. La nouvelle loi crée des infractions spécifiques pour les financiers, les receleurs et les propriétaires de sites d’orpaillage illégal. Un agent public impliqué pourrait écoper de vingt ans de prison. Auparavant, les poursuites se concentraient principalement sur les travailleurs présents sur les sites. Ce texte doit encore être approuvé par le Parlement, mais il offrira aux juges un cadre juridique pour cibler les bailleurs de fonds et les protecteurs des opérations illégales. Les autorités ont indiqué qu’entre juillet 2021 et juillet 2026, plus de 1 000 sites ont été évacués lors de près de 8 500 opérations, et 4 665 personnes ont été déférées à la justice. Les saisies ont inclus environ 136 kg d’or, plus d’un milliard de francs CFA et 745 excavateurs. Le CNS a précisé que plus de 8 500 sites avaient été évacués depuis 2021, bien qu’il puisse y avoir une confusion entre le nombre de sites et celui des opérations. La gendarmerie a recensé 1 114 sites évacués lors de 953 opérations au cours des sept premiers mois de 2026, avec 1 531 arrestations. Dans la région d’Indénié-Djuablin, une opération menée du 16 au 27 août par la gendarmerie d’Abengourou et l’équipe nautique du GS-LOI a détruit 109 dragues, 134 motopompes, 204 broyeurs et 200 laveuses. Seules trois personnes ont été arrêtées. Les propriétaires des machines sont souvent insaisissables, c’est pourquoi le gouvernement cible les réseaux financiers et logistiques. Les forces de sécurité découvrent fréquemment des excavateurs, motopompes et dragues installés dans le lit des rivières, signe que l’orpaillage clandestin est désormais largement mécanisé. Le 14 juillet, la Brigade spéciale du Groupe d’intervention et de recherche des douanes d’Abidjan (GIRA) a intercepté deux camions-remorques sur l’axe Adjamé-Yopougon transportant 186 dragues en pièces détachées sans documents. Les douanes n’ont pas précisé l’origine de ce matériel, mais ce type d’équipement est coûteux et doit être importé, ce qui laisse supposer des fournisseurs et des financiers étrangers. Plusieurs affaires judiciaires ont impliqué des ressortissants chinois, bien que les statistiques officielles ne mentionnent que 65 % d’étrangers parmi les personnes déférées. Le 7 novembre 2023, le GS-LOI a arrêté 31 personnes dans la forêt classée de Kobo, dont 10 Ivoiriens, 12 Chinois et d’autres. Les procureurs ont indiqué que les sites étaient exploités par des ressortissants chinois. Les procès des affaires d’orpaillage de Fronan et Dabakala, impliquant 71 accusés, se sont conclus en juin 2025. Xu Qi, un homme d’affaires chinois, a été condamné à 24 mois de prison et à une amende de 50 millions de francs CFA. Un officier ivoirien a écopé de la même peine. Apithy Sourou Aurélien, un homme d’affaires ivoiro-béninois, a été condamné à sept ans de prison et à une amende d’un milliard de francs CFA. Un ancien élu a également été reconnu coupable. En 2019, une dizaine de Chinois ont été arrêtés lors d’opérations dans plusieurs régions, selon une source sécuritaire. L’ambassadeur de Chine, Wu Jie, s’est entretenu avec le ministre ivoirien de la Communication en septembre pour évoquer le rôle des ressortissants chinois dans l’orpaillage illégal. Cette rencontre a exprimé le soutien de Pékin aux politiques de la Côte d’Ivoire, sans annoncer de mesures concrètes. Le Ghana fait face à des problèmes similaires depuis plus de quinze ans. Une étude de 2019 montrait que quelque 50 000 travailleurs chinois étaient impliqués dans l’orpaillage à petite échelle entre 2008 et 2013. Leur équipement a boosté la production, mais aussi les dégâts environnementaux. En 2025, le Ghana a annoncé l’expulsion de 107 étrangers impliqués dans l’orpaillage illégal, dont 92 Chinois. À la fin de l’année 2026, deux sociétés chinoises ont reçu l’ordre de cesser leurs activités. En 2025, des experts de l’ONU ont alerté Yaoundé et Pékin sur l’utilisation de mercure par des entreprises minières chinoises au Cameroun. Les investisseurs chinois apparaissent dans des activités d’orpaillage illégal dans plusieurs pays, mais pas sous la forme d’une industrie unifiée. La pollution au mercure et au cyanure des cours d’eau suscite des inquiétudes, et le Centre ivoirien de lutte contre la pollution a mis en garde contre une crise environnementale. Les pelotons fluviaux du CNS visent à protéger les ressources en eau. La production légale d’or de la Côte d’Ivoire a atteint 59,33 tonnes en 2025, avec des prévisions de 62 tonnes en 2026. Une raffinerie nationale doit ouvrir en 2027, et Abidjan vise à devenir le premier producteur africain d’ici 2035. Le gouvernement cherche à attirer des investisseurs industriels tout en tentant de contrôler l’orpaillage clandestin. Les préfets disposent jusqu’en mars 2027 pour atteindre leurs objectifs, dont le succès sera mesuré par le nombre de sites réoccupés et les actions en justice contre les financiers et fournisseurs, dont certains sont chinois. Pékin a exprimé son soutien, mais n’a pas précisé de modalités concrètes pour aider la justice ivoirienne.