Les prisons de Polynésie française font face à une surpopulation grave, à des conditions insalubres et à des décisions de justice ignorées, poussant le Conseil de l'Ordre des avocats à réclamer justice.
Conditions dans les prisons de Polynésie française critiquées
Le Conseil de l'Ordre des avocats de Polynésie française a exprimé de graves préoccupations au sujet des mauvaises conditions dans les prisons locales, notamment la surpopulation, un environnement insalubre et le non-respect des décisions de justice. Ces problèmes ont été mis en lumière lors d'une réunion le 9 octobre 2026, au cours de laquelle le Conseil a directement confronté le ministre de la Justice.Des détenus confrontés à des conditions de vie extrêmes
Les prisonniers seraient détenus dans des espaces extrêmement exigus, avec cinq personnes dans des cellules individuelles. Des rats seraient présents dans les espaces communs, entrant pendant le sommeil et allant jusqu'à consommer de la nourriture. L'eau du robinet est décrite comme trouble, et des détenus ont recours à des vêtements pour boucher les canalisations afin d'empêcher les nuisibles d'entrer, tandis que d'autres sont contraints de se laver les mains dans les toilettes faute de lavabos.Le barreau brise le silence sur la réalité carcérale
Dans une motion officielle signée le 15 octobre par la présidente Béatrice Eyrignoux, le Conseil de l'Ordre des avocats de Papeete a révélé les conditions alarmantes qui prévalent dans les prisons polynésiennes. Les avocats ont recueilli des témoignages lors de visites en détention et les ont présentés aux tribunaux administratifs, décrivant une grave crise sanitaire et un environnement insalubre.Une décision de justice ignorée depuis plus de deux ans
Le barreau pointe une défaillance juridique : le 25 juin 2024, un tribunal administratif a ordonné au ministère de la Justice d'installer de l'eau chaude dans toutes les douches des cellules dans un délai de deux ans. Malgré cela, cette injonction n'a pas été mise en œuvre, si bien que la décision reste inappliquée et non exécutée.Droits fondamentaux et dignité bafoués
Les avocats affirment que cette inaction viole à la fois la Convention européenne des droits de l'homme, en particulier son article 3, qui interdit les traitements inhumains, et l'article L. 6 du Code pénitentiaire, qui impose la protection de la dignité humaine. Cette situation rappelle la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'homme en 2020 dans l'affaire J.M.B. et autres c. France.Le barreau exige le respect des décisions de justice
Le Conseil de l'Ordre des avocats s'oppose fermement à la non-application des décisions de justice et a chargé sa présidente de déposer une plainte officielle auprès du ministre de la Justice. Une copie de la motion a également été adressée au Haut-Commissaire de la République en Polynésie française, soulignant que la justice ne doit pas s'arrêter aux portes de la prison.