Le personnel de la prison Camp-Est, à Nouméa, travaille dans des conditions dangereuses, entre surpopulation et infrastructures vétustes, et réclame un investissement urgent dans un nouvel établissement.
Des conditions de travail jugées difficiles
Le personnel du Camp-Est, à Nouméa, décrit un environnement de travail extrêmement éprouvant, qu'il compare à une situation « entre le marteau et l'enclume ». Les agents se sentent pris entre un gouvernement qui hésite à financer une nouvelle prison et un nombre croissant de détenus plus agressifs, qui multiplient les recours juridiques au sujet des conditions de détention.Problèmes d'infrastructure et de personnel
Nicolas Mackenzie, surveillant principal et secrétaire local du syndicat FO Justice, affirme que la structure de la prison est vétuste, et que la surpopulation et le manque de personnel accroissent le risque d'effondrement. Il insiste sur la nécessité de moderniser les installations et de disposer de meilleurs moyens pour garantir la sécurité.Travaux de rénovation et conditions dangereuses
Le personnel du Camp-Est a fait part de ses inquiétudes concernant la dégradation des conditions de travail lors d'une mobilisation au début du mois d'octobre. M. Mackenzie explique que le quartier des mineurs a dû faire l'objet de travaux de rénovation en septembre 2025. Ceux-ci ont exposé les agents à des conditions dangereuses, avec du bruit, de la poussière et des outils laissés sur place, et les ont contraints à partager leurs espaces de travail avec des détenus.Évasion de détenus et transfèrement
Dans la nuit du 24 au 25 septembre, des détenus mineurs se sont évadés de leurs cellules, sans qu'aucun incident grave ne soit à déplorer. À la suite d'une réunion le 29 septembre, l'administration a décidé de transférer ces détenus dans un bâtiment en cours de construction. Le personnel n'était toutefois pas satisfait de son état.Inquiétudes en matière de santé et de sécurité
L'année dernière, FO Justice a alerté le médecin de prévention sur les zones dangereuses du quartier des mineurs. Une seconde visite du médecin, prévue le 14 octobre, permettra de formaliser son rapport et ses recommandations concernant la sécurité et les conditions de travail.Budget et projets de nouvelle prison
Malgré des budgets annuels consacrés aux travaux de rénovation, aucune nouvelle prison n'est en construction à Nouméa. Si l'ancien garde des Sceaux avait exprimé l'espoir de voir sortir de terre un nouvel établissement, les récentes déclarations du ministre des Outre-mer ont jeté le doute sur cette perspective.Surpopulation et pression sur le personnel
Le personnel décrit une surpopulation chronique, des agressions répétées et des infrastructures obsolètes. M. Mackenzie indique que le taux d'occupation se situe entre 136 et 151 % de la capacité générale, le centre de détention atteignant 210 %. Des cellules occupées par sept détenus sur 10 mètres carrés n'en accueillent plus que trois ou quatre.Une nouvelle prison à Tahiti
Une nouvelle prison est prévue à Tahiti, mais elle n'accueillera que des mineurs condamnés à de courtes peines. M. Mackenzie a exprimé son soutien à ses collègues de Polynésie française, tout en soulignant l'urgence de construire un nouvel établissement en Nouvelle-Calédonie.Émeutes et risques pour la sécurité
Le Camp-Est a été le théâtre d'émeutes le 13 mai 2024, au cours desquelles le personnel est parvenu à maîtriser plus de 600 détenus. M. Mackenzie affirme que le risque d'émeutes reste élevé en raison des conditions actuelles et des tensions.Échanges du personnel avec les responsables politiques
Le personnel a rencontré plusieurs responsables, dont des députés et des sénateurs locaux, et attend une réponse du président de la province Sud. Les agents espèrent sensibiliser l'opinion dans l'Hexagone et obtenir des décisions rapides concernant une nouvelle prison.La situation à Koné
Le centre de détention de Koné, ouvert en 2023, offre un environnement plus apaisé, avec des infrastructures modernes et moins d'incidents d'agressions. Il illustre les avantages que procurent des installations rénovées.Manque d'activités et prise en charge de la santé mentale
Faute de moyens budgétaires, les activités d'enseignement et de formation professionnelle ne sont pas disponibles régulièrement à Nouméa. Les détenus passent ainsi de longues heures dans leurs cellules, ce qui accroît les tensions. FO Justice réclame la création d'unités spécialisées en santé mentale ainsi que la mise en place d'un service médical régional.Une escalade de la violence
Les détenus recourent de plus en plus aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux, ce qui conduit à des formes d'agression plus graves, allant des insultes aux attaques physiques, en passant par les prises d'otages.La prise d'otages passée
Le 13 mai 2024, trois membres du personnel ont été pris en otage, et l'un d'entre eux a été grièvement blessé. L'intervention du Raid a été nécessaire pour résoudre la situation, et la chaleur régnant à cette période a aggravé les risques encourus par les agents.Pénurie de personnel et recours
Un audit réalisé en novembre a mis en évidence un manque criant de personnel dans l'ensemble des services. Malgré les visites ministérielles et les rapports établis, aucune amélioration n'a été constatée. En 2025, 449 recours ont été déposés par des détenus, notamment des demandes d'indemnisation et d'aménagements.Logement insalubre et problème de drogue
À Nouméa, 75 % des quartiers d'hébergement sont constitués de conteneurs maritimes. FO Justice estime que le personnel est en droit de travailler dans des conditions sûres, après avoir lancé plusieurs alertes. Le cannabis et les armes artisanales sont courants dans la prison.Une configuration carcérale atypique
Contrairement aux établissements pénitentiaires de l'Hexagone, qui sont construits sur plusieurs étages, le Camp-Est est de plain-pied, ce qui complique la surveillance mutuelle des surveillants. Cette situation renforce l'urgence de construire un établissement répondant aux normes pénitentiaires en vigueur.