Fabrizio Gifuni incarne Enzo Tortora, présentateur de la Rai faussement accusé par la Mafia, dans Portobello de Marco Bellocchio, une plongée dans le passé troublé de l'Italie.
Collaboration entre le réalisateur et l'acteur
Dans la série Portobello, réalisée par Marco Bellocchio, Fabrizio Gifuni incarne Enzo Tortora, un présentateur très populaire de la Rai accusé à tort de liens avec la Mafia. Le réalisateur l'avait déjà engagé pour L'Enlèvement et Esterno notte.Un premier choix de casting
La première fois que Marco Bellocchio a appelé Fabrizio Gifuni pour une audition, en 1994, il ne connaissait de lui que son visage, repéré dans l'annuaire des acteurs italiens. Qu'a donc vu le réalisateur dans ces grands yeux sombres, sous des sourcils épais en accent circonflexe, au point de vouloir absolument les filmer ?Les thèmes de l'histoire italienne
Si l'on en juge par leur collaboration fructueuse, l'acteur a la capacité d'incarner à lui seul toute l'Italie. Ou plus précisément, les acteurs de grands tournants du pays, que le cinéaste s'efforce de disséquer depuis le début de sa carrière.Le portrait du personnage dans Portobello
Dans Portobello, dernière étape de leur travail commun, Fabrizio Gifuni joue Enzo Tortora, un présentateur de la Rai ultra-populaire arrêté en 1983 après avoir été faussement accusé de collusion avec la Mafia. D'abord exalté et souriant, dans le costume d'un showman adoré, cet acteur romain s'effondre peu à peu à mesure que l'opinion publique se retourne contre son personnage.Les rôles précédents et leurs thèmes
Il avait déjà été marqué par le destin tragique d'Aldo Moro, chef de la Démocratie chrétienne enlevé et exécuté par les Brigades rouges en 1978, dans la série Esterno notte (2022). Ces deux figures, tour à tour imposantes et fragiles, subissent un enfermement mortel et partagent un autre point commun : avoir été brisées en pleine ascension, alors qu'elles incarnaient la possibilité d'une communion salvatrice.Interprétation et contexte historique
Dans la prestation retenue et dense de Fabrizio Gifuni, Marco Bellocchio dessine autant la fin de l'insouciance que le début d'une modernité instable. Mais il détecte aussi la rigidité de la réaction. Traits dessinés, visage comme taillé dans la cire sous sa tonsure, Fabrizio Gifuni incarne dans le film L'Enlèvement (2023) un inquisiteur du XIXe siècle, zélé soldat de l'Église pendant l'unification italienne.Le symbolisme des rôles
Trois rôles, trois hommes qui échouent à offrir un avenir ou à ramener le pays en arrière. Plus que des personnages historiques, Marco Bellocchio et son acteur favori s'approchent des fantômes qui hantent encore l'Italie.