La solitude touche près d’une personne sur six dans le monde, les adolescents étant les plus touchés, à hauteur de 24,3 %, selon un rapport de la Commission des relations sociales de l’OMS. Cette conclusion contredit les affirmations de certaines figures de la manosphère, comme Andrew Tate, qui a bâti son empire sur l’idée d’une « épidémie de solitude masculine ». Le rapport souligne qu’il existe peu de différence entre les femmes et les hommes en matière de taux global de solitude (16,1 % contre 15,4 %).
La solitude est plus répandue chez les adolescents et les jeunes adultes, en particulier dans les pays à faible revenu, où elle affecte une personne sur quatre. Des facteurs comme l’âge, le niveau de revenus, la géographie et les conditions sociales semblent peser au moins autant que le genre dans l’expérience de la solitude, laquelle est associée à environ 871 000 décès dans le monde chaque année.
En France, la Fondation de France a constaté que près d’un tiers de la population se trouve en situation d’isolement social, et qu’une personne sur quatre se sent seule. L’étude révèle aussi que 28 % des habitants des grandes zones urbaines éprouvent de la solitude, contre 21 % dans les zones rurales, bien que l’isolement social soit plus marqué en milieu rural (14 % contre 9 %). Les personnes à faibles revenus sont jusqu’à trois fois plus isolées que celles disposant de hauts revenus, et près de la moitié des chômeurs déclarent se sentir seuls, contre un quart des personnes en emploi.
Aux États-Unis, une enquête du Pew Research Center menée auprès de 6 024 adultes révèle que les personnes les moins éduquées, les moins aisées et celles qui ne sont pas mariées figurent parmi les groupes qui déclarent le plus souvent se sentir seules en permanence ou presque. Ce sont aussi ces mêmes groupes qui sont les moins optimistes quant à leur avenir. Isaac Bledsoe, assistant de recherche principal, et son collègue Ben Smith, de l’American Institute for Boys and Men, soulignent que les personnes sans diplôme universitaire ont connu une baisse plus marquée du nombre de leurs amis au fil du temps et rapportent une solitude plus intense que celles qui en possèdent un. Ces dernières sont aussi mieux intégrées dans leurs communautés et réseaux sociaux, et connaissent des niveaux d’isolement et de suicide moins élevés. Bledsoe insiste sur le fait que le besoin de lien social semble plus concentré chez les personnes sans diplôme universitaire, et que cet écart mérite davantage d’attention.
Selon l’étude du Pew Research Center, les hommes ont moins tendance que les femmes à se tourner vers leur entourage pour trouver du réconfort ou un soutien émotionnel, bien qu’environ trois quarts des adultes déclarent qu’ils se tourneraient très probablement vers leur conjoint en cas de besoin. Hommes et femmes ont les mêmes chances d’avoir au moins un ami proche, mais les hommes communiquent moins fréquemment avec leurs proches que les femmes. Parmi les femmes, 71 % estiment que leurs groupes d’amis ont un effet positif sur leur bien-être, contre seulement 57 % des hommes concernant leurs propres groupes d’amis.
Isaac Bledsoe observe que les hommes déclarent généralement un sentiment de déconnexion plus fort : ne pas se sentir appartenir à un groupe ou une communauté, ou avoir l’impression que leur place dans le monde est insignifiante. Ses travaux montrent aussi que les hommes mariés et les pères socialisent davantage que les hommes célibataires. Cependant, il estime que cela n’a que peu à voir avec la thèse de la manosphère, selon laquelle la solitude masculine résulterait de l’abandon des hommes par les femmes. Il suggère plutôt que la promotion d’espaces masculins positifs, de mentorat et d’un plus grand nombre de professionnels de la santé mentale masculins serait plus efficace pour encourager les liens entre hommes que de se focaliser sur ces opinions. Il met en garde : l’écart entre les genres pourrait être plus marqué en matière d’isolement social, qui est une mesure plus objective que la solitude auto-déclarée. Les hommes pourraient moins souvent déclarer pouvoir être eux-mêmes devant les autres ou avoir suffisamment de proches sur qui compter, ce qui suggère qu’ils sont peut-être plus isolés socialement, même s’ils ne rapportent pas plus souvent se sentir seuls que les femmes.
Un rapport de l’Institute for Public Policy Research (IPPR) révèle que les jeunes en Angleterre s’isolent de plus en plus les uns des autres. Une personne sur vingt déclare ne pas avoir d’ami proche, contre une sur cent il y a dix ans : la proportion de jeunes âgés de 11 à 24 ans sans ami proche a donc été multipliée par cinq. Ces chiffres ne sont pas spécifiques à l’Angleterre. En France, un sondage Ipsos réalisé pour l’application de rencontre Hinge indique que 62 % des membres de la génération Z se sentent seuls.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer la prévalence accrue de la solitude chez les adolescents. Élodie Gentina, chercheuse et professeure à l’IÉSEG School of Management, souligne qu’à l’adolescence, période charnière où les jeunes construisent leur identité en cherchant à appartenir à un groupe de pairs, ils peuvent souffrir d’une faible estime de soi ou d’un manque de confiance en eux, ce qui rend plus difficile l’élaboration d’une identité stable. Gentina relève aussi que les adolescents se tournent vers les réseaux sociaux et restent hyperconnectés via leurs smartphones, risquant ainsi de creuser un fossé entre socialisation en ligne et hors ligne, avec des relations plus superficielles. Les filles développent davantage de relations en face à face que les garçons, plus à l’aise avec les relations en ligne, mais elles ont tendance à avoir une estime de soi plus faible.
Marlies Maes, chercheuse à l’université d’Utrecht, remet en question l’idée d’une solitude plus marquée chez les adolescents, notant que la différence de perception de la solitude entre les genres à cet âge est moins prononcée. Elle met en avant que la solitude ne se réduit pas à des attentes relationnelles ou à des besoins sociaux, ni au nombre de relations ou à leur qualité : la solitude est le sentiment de déséquilibre entre ce que l’on a et ce que l’on souhaiterait avoir.
Une étude menée par l’université d’Exeter (Royaume-Uni) et celle d’Utrecht (Pays-Bas), à laquelle Maes a participé, montre que le genre peut influencer les relations sociales et, par conséquent, la manière dont la solitude est vécue. Les règles et la ménopause en offrent un exemple : les douleurs liées aux symptômes prémenstruels ou à l’endométriose, lorsqu’elles sont stigmatisantes ou invalidantes, peuvent contribuer à l’isolement social, en particulier chez les adolescentes. Les symptômes de la ménopause peuvent aussi amener les femmes adultes à se retirer d’activités sociales.
L’étude souligne l’importance de prendre en compte non seulement le sexe assigné à la naissance, mais aussi l’identité de genre, les rôles de genre et l’orientation sexuelle, en tenant compte des contextes sociaux dans lesquels les individus peuvent se définir et s’exprimer – notamment en matière de diversité de genre. Les chercheurs rappellent que l’on ressent davantage de solitude dans des environnements où l’on est sous-représenté, marginalisé ou dévalorisé. Les rôles de genre peuvent aussi alimenter la solitude, tant chez ceux qui s’y conforment que chez ceux qui s’en écartent : aussi bien les hommes qui adoptent des normes patriarcales pour préserver leurs liens sociaux que les femmes qui évoluent dans des domaines stéréotypiquement masculins.
Des études menées dans plusieurs pays font état de niveaux plus élevés de solitude et de moins bons états de santé sociale et mentale chez les personnes de genres divers. Une enquête en ligne menée auprès de 50 054 étudiants norvégiens à temps plein a montré que les étudiants transgenres déclaraient une charge psychosociale significativement plus élevée. Une autre étude en Australie a établi que les adultes LGBTQIA+ éprouvaient des niveaux plus élevés de solitude, de dépression et d’anxiété sociale que le groupe de comparaison non LGBTQIA+. Cependant, les statistiques mondiales concernant les personnes de genres divers restent rares.
La question ne serait peut-être pas de savoir qui est le plus seul, mais qui a le droit d’être vu, soutenu et connecté – et ce qui advient à ceux dont les besoins sont ignorés ou minimisés. Renforcer les relations, les réseaux de soutien et les espaces où demander de l’aide n’est pas perçu comme une faiblesse pourrait être la solution.
La solitude touche des populations diverses dans le monde, avec des facteurs et des impacts variables
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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