Les outils d'édition du génome éclairent le développement embryonnaire mais suscitent des craintes éthiques. Risques et incertitudes restent élevés ; une réglementation stricte est réclamée.
Les outils d'édition du génome dans la recherche
Les outils d'édition du génome ouvrent de nouvelles perspectives pour la recherche sur le développement embryonnaire, mais ils ne rendent pas acceptable ni souhaitable la naissance d'enfants génétiquement modifiés. Ces techniques permettent de modifier avec précision certaines lettres de l'ADN dans les embryons humains, mais elles présentent des risques encore mal maîtrisés, et les situations médicales qui justifieraient leur usage sont extrêmement rares.Progrès de l'édition du génome
Les techniques d'édition du génome progressent rapidement. Après les premiers outils, CRISPR-Cas9, de nouvelles méthodes permettent de remplacer directement une seule « lettre » du génome par une autre. Cette nouvelle approche, appelée « édition de base », présente l'avantage de ne pas nécessairement provoquer de cassures sur les deux brins de la molécule d'ADN, contrairement aux techniques précédentes.Études récentes sur l'édition de base
Deux études récentes illustrent le potentiel de l'édition de base. L'une examine la possibilité de modifier certains gènes dans des embryons humains sans provoquer les anomalies chromosomiques majeures observées dans des expériences antérieures. L'autre utilise l'édition du génome pour comprendre le rôle du gène NANOG aux tout premiers stades du développement.Progrès scientifiques et limites éthiques
Ces travaux constituent d'importantes avancées scientifiques. Ils ne doivent toutefois pas être interprétés comme une étape naturelle vers l'utilisation clinique d'embryons génétiquement modifiés à des fins de reproduction. Une possibilité technique ne constitue en effet ni une indication médicale ni une autorisation éthique.Distinguer les usages en recherche
Si les auteurs des deux publications ont eu recours à l'édition du génome, les usages qu'ils en ont faits doivent être clairement distingués. Dans le premier cas, l'édition du génome d'embryons humains surnuméraires a servi à mesurer l'efficacité et les risques biologiques de la technique elle-même. Les résultats indiquent qu'elle a permis d'éviter les dommages observés avec les techniques classiques.Recherche sur les embryons humains et animaux
Dans le second cas, l'édition du génome a été utilisée comme outil de recherche fondamentale : la modification d'un gène dans des embryons de souris et dans des embryons humains surnuméraires a permis d'observer son rôle dans le développement embryonnaire. Les mécanismes du développement humain ne sont pas toujours les mêmes que ceux observés chez la souris ou dans d'autres modèles animaux. L'étude sur NANOG montre précisément que certains processus embryonnaires diffèrent chez l'homme et chez la souris.Distinction éthique dans la recherche
Dans un cadre strictement réglementé, sans aucune intention d'implanter l'embryon résultant de ces manipulations, la recherche sur les embryons humains peut contribuer à mieux comprendre les premiers stades de notre développement, les causes de certaines infertilités ou les mécanismes conduisant à des anomalies embryonnaires. Il existe toutefois une différence fondamentale entre modifier un embryon pour produire des connaissances et modifier un embryon destiné à devenir un enfant.Préoccupations de sécurité et effets « hors cible »
Il est important de comprendre que l'absence d'anomalies chromosomiques détectables pendant les premiers jours du développement ne signifie pas que la technique est sûre. Au-delà des cassures et autres délétions pouvant affecter les chromosomes, les techniques d'édition du génome peuvent avoir des effets « hors cible » : des modifications non voulues peuvent survenir ailleurs dans le génome.Mosaïcisme et conséquences imprévisibles
Autre problème : la modification introduite par l'édition du génome peut ne pas être présente dans toutes les cellules de l'embryon, ce qui produit ce que l'on appelle un « mosaïcisme ». D'autres effets sont encore plus difficiles à prévoir. Une modification apparemment précise peut influencer le fonctionnement d'autres gènes, perturber le développement d'un organe ou produire des conséquences qui ne deviendront visibles que plusieurs années après la naissance.Comprendre la complexité du génome
Nous connaissons aujourd'hui très bien la séquence de l'ADN et de nombreux mécanismes moléculaires, mais nous comprenons encore imparfaitement comment l'ensemble du génome produit un organisme et ses caractéristiques, en particulier le rôle des régions non codantes, de l'épigénétique et des interactions entre les gènes et l'environnement.Limites des connaissances actuelles
Les techniques d'édition du génome progressent très vite, mais elles restent récentes, et leur précision technique n'élimine pas l'incertitude biologique : modifier une séquence est une chose, prévoir l'ensemble des conséquences à long terme de cette modification en est une autre. Si une observation rassurante pendant quelques jours de développement embryonnaire constitue une donnée scientifique intéressante, elle ne constitue en aucun cas un « certificat de sécurité ».Nécessité médicale de l'édition du génome
Une autre question est souvent négligée : dans quelles situations la modification du génome d'un embryon serait-elle médicalement indispensable ? Pour de nombreuses maladies causées par une mutation d'un seul gène, le diagnostic préimplantatoire permet déjà, dans certaines situations, d'identifier les embryons qui ne portent pas la mutation familiale.Recommandations internationales et cas exceptionnels
Les recommandations internationales qui ont envisagé, de manière théorique, une éventuelle utilisation future de l'édition héréditaire du génome l'ont donc limitée à des situations exceptionnelles : maladie monogénique grave due à une mutation clairement identifiée, en l'absence de toute autre solution raisonnable et avec un niveau de sécurité très élevé.Implications économiques et sociales
Certaines entreprises proposent déjà des services de sélection embryonnaire fondés sur des analyses génétiques étendues. C'est le cas, par exemple, de la société californienne Orchid Health, qui propose un dépistage génétique complet de l'embryon, ou de Nucleus Genomics, qui propose une « optimisation génétique ». D'autres mettent en avant des scores polygéniques censés estimer la probabilité de développer des maladies courantes ou de présenter certains caractères complexes.Risques d'eugénisme
Ces technologies seraient aussi accessibles d'abord à ceux qui peuvent les payer. Les inégalités économiques pourraient ainsi se doubler de nouvelles inégalités biologiques assumées ou revendiquées. Le danger principal n'est donc pas seulement qu'un chercheur isolé franchisse à nouveau une ligne rouge, comme le chercheur chinois He Jiankui l'a fait en 2018.Gouvernance mondiale et responsabilité éthique
Au-delà de ce type d'initiatives, l'édition du génome comporte un autre danger : celui de la normalisation progressive d'un marché international de la sélection et de l'optimisation reproductives. La réponse ne doit pas être le rejet de toute recherche sur les embryons humains. Une telle recherche peut être légitime lorsqu'elle répond à une question scientifique importante, est autorisée par la loi, évaluée par des instances indépendantes, fondée sur un consentement éclairé et menée en toute transparence.Normes internationales et contrôle futur
Un premier pas dans cette direction a été franchi après le scandale provoqué par la révélation des travaux de He Jiankui. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a alors créé un comité consultatif d'experts chargé d'élaborer des normes mondiales pour la gouvernance et le contrôle de l'édition du génome humain. Ce comité a publié ses recommandations en 2021 et a notamment proposé la création d'un registre international des essais cliniques utilisant l'édition du génome, aujourd'hui en ligne.