Le 9 octobre, l’Académie des sciences morales et politiques, dont le milliardaire Bernard Arnault est membre, organise une conférence en l’honneur de Jacques Bainville. Ancien académicien et journaliste influent à L’Action française, Bainville est connu pour ses prises de position antisémites, une doctrine soutenue par Éric Zemmour et citée par Gérald Darmanin. L’événement est porté par l’ensemble de la clique de L’Action française, le plus ancien groupe d’extrême droite encore actif en France, bien que le nom de ce mouvement n’apparaisse pas sur le programme de la manifestation. Parmi les co-organisateurs figurent la Nouvelle revue universelle, revue théorique de L’Action française, ainsi que le Cercle de Flore, plateforme de formation et de débats publics du groupe. Y participe également l’association Les amis de Jacques Bainville, dirigée par Hilaire de Crémiers, président de Restauration nationale, un mouvement issu de L’Action française.
Ce n’est pas la première fois que l’Académie des sciences morales et politiques s’associe à des théoriciens d’extrême droite. En janvier, l’institution a intronisé Bernard Arnault et invité Peter Thiel, cofondateur de PayPal et figure majeure du mouvement libertarien dans la tech. Une petite manifestation s’est tenue devant l’Institut de France, à Paris, en réaction à la présence de Thiel. En novembre 2024, une conférence organisée par l’association Action écologie, fondée par la philosophe Chantal Delsol, avait également réuni des figures de premier plan du mouvement climatosceptique français.
Un universitaire spécialiste de l’extrême droite a critiqué la décision de l’Académie, soulignant qu’elle constitue depuis longtemps un refuge pour les réactionnaires. Olivier Dard, professeur d’histoire à l’université Paul Verlaine de Metz et auteur d’ouvrages sur l’histoire des mouvements d’extrême droite, interviendra lors de la conférence. Jacques Bainville, né à Vincennes le 9 février 1879 et mort en 1936, est l’auteur de Histoire de France, un best-seller publié en 1924. Il fut un historien de référence pour les royalistes et un proche collaborateur de Charles Maurras, architecte de l’« antisémitisme d’État » et militant condamné en 1945 à la réclusion à perpétuité pour collaboration avec l’Allemagne nazie.
Olivier Perceval, ancien secrétaire général de L’Action française, explique que Bainville définissait la France comme une union des populations gallo-romaines et franques. Les historiens Laurent Joly et William Blanc ont analysé les écrits de Bainville. En 1907, dans la revue L’Action française, Bainville écrivait : « Par son immodestie même, le Juif se révèle comme un étranger parmi nous. » Dans son ouvrage Le vieil utopiste, publié en 1927, il critiquait le style du poète allemand et juif Henri Heine dans une diatribe ouvertement antisémite.
Le programme de la conférence inclut des noms liés au mouvement identitaire, comme François d’Orcival, ancien directeur de l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles. En 1968, il a cofondé Nouvelle École avec Alain de Benoist, publication du très nationaliste Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece). François d’Orcival a également été membre du Mouvement nationaliste de progrès, fondé en 1966 par l’essayiste d’extrême droite Dominique Venner, ancien membre du groupe terroriste de l’OAS. Parmi les invités figure Édouard Husson, historien du nazisme et ancien responsable de médias identitaires, dont Erik Tekgner.
La conférence est présidée par Georges-Henri Soutou, fils d’un résistant et Juste parmi les nations — titre décerné aux non-Juifs ayant risqué leur vie pour sauver des Juifs persécutés pendant la Seconde Guerre mondiale. Professeur d’histoire à l’université Paris-Sorbonne et spécialiste de l’histoire des relations internationales au XXe siècle, Georges-Henri Soutou n’a pas répondu aux sollicitations de StreetPress. L’Académie des sciences morales et politiques, tout comme Bernard Arnault, son académicien le plus médiatique, n’a pas non plus donné suite aux demandes. Il reste donc incertain que Bernard Arnault assiste à la conférence. La Nouvelle revue universelle, le Cercle de Flore, Les amis de Jacques Bainville, Hilaire de Crémiers, Édouard Husson et François d’Orcival n’ont pas davantage répondu aux questions de StreetPress.
L'Académie des sciences morales et politiques organise une conférence en hommage à Jacques Bainville
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