À 32 ans, Lola s’est retrouvée dans une situation que de nombreux couples, il y a quelques années, n’auraient jamais imaginée. Son partenaire entretenait une relation avec une intelligence artificielle. Il n’y avait ni rencontres secrètes ni infidélités cachées, mais les échanges étaient suffisamment intimes pour soulever une question déstabilisante : peut-on être trompé par quelqu’un qui n’existe pas ? Le sujet est déjà largement débattu. Selon le Body+Soul Sex Census 2026, 39 % des Australiens interrogés considèrent qu’avoir un partenaire IA relève d’une zone grise en matière d’infidélité, tandis que 31 % estiment que cela ne constitue pas une tromperie. Ces divergences d’opinions s’expliquent souvent par la manière dont l’IA est utilisée. Écrire un scénario romantique avec un chatbot est très différent d’avoir des conversations quotidiennes, de se confier à lui sur des problèmes relationnels ou de construire une sorte de routine romantique. À partir de ce stade, la question peut évoluer : au lieu de se demander si l’IA est « réelle », on peut se demander quel rôle cette relation joue au sein du couple. Un chatbot peut devenir bien plus qu’un simple fantasme. La frontière est d’autant plus difficile à tracer que ce type de programme ne fonctionne pas comme de la pornographie ou un sextoy. Un contenu pornographique ne vous demande pas comment s’est passée votre journée ni ne se souvient d’un défi professionnel évoqué la veille. Il ne prolonge pas non plus la conversation des heures durant. Une IA conversationnelle, en revanche, peut donner l’impression de continuité. Elle répond, s’adapte et maintient le dialogue. Cette disponibilité constante peut rendre l’interaction particulièrement séduisante. Contrairement à un partenaire humain, une IA n’a pas ses propres besoins à défendre. Elle ne rentre pas épuisée du travail, ne reproche pas les tâches oubliées et n’exige pas de compromis. Si une réponse ne convient pas, on peut même ajuster la conversation. Dans une relation humaine, endurer la frustration, les désaccords ou la vulnérabilité est souvent nécessaire, mais un chatbot peut offrir une intimité bien plus confortable. Selon la même enquête, 17 % des répondants affirment avoir déjà choisi une compagnie IA plutôt qu’une relation réelle, et 22 % pourraient envisager cette option. Parmi la génération Z, ces chiffres s’élèvent respectivement à 29 % et 33 %. Pourtant, toute interaction romantique ou sexuelle avec une IA ne constitue pas automatiquement une infidélité. Comme pour la pornographie, le sexting ou certains fantasmes, chaque couple définit ses propres limites. Deux partenaires peuvent utiliser un chatbot ensemble et y voir un jeu. Pour d’autres, découvrir que leur conjoint échange en secret chaque soir avec une IA peut ressembler à une véritable trahison. Le problème ne réside pas seulement dans le contenu des messages, mais aussi dans le caractère secret de ces échanges, le temps investi et ce que cette relation virtuelle pourrait remplacer. Plutôt que de chercher à déterminer si un chatbot mérite le statut de « rival romantique », il pourrait être plus utile d’observer ce qui se passe dans la relation réelle. Est-ce qu’un partenaire commence à cacher ses conversations ? Est-ce qu’il confie ses frustrations conjugales à l’IA plutôt qu’à son conjoint ? Est-ce que son attention, son désir ou sa disponibilité émotionnelle se déplace progressivement vers ces échanges ? Dans ces cas, le fait que l’autre interlocuteur soit un programme n’efface pas le problème. L’IA, bien sûr, n’a trahi personne. Mais un partenaire peut toujours rompre un accord, même implicite, avec la personne avec qui il partage sa vie. L’arrivée de ces nouveaux compagnons numériques pourrait contraindre les couples à une discussion essentielle : qu’est-ce que, pour nous, constitue une infidélité ?