Une épée franque du Xe siècle, marquée « +VLFBERHT+ », a été découverte dans la Vistule, en Pologne, révélant d'anciens réseaux commerciaux à travers l'Europe.
Une épée découverte dans la Vistule
Un conducteur de pelle mécanique a extrait du lit de la Vistule une épée qui avait été préservée dans un état presque parfait grâce aux limons de la rivière. Une inscription gravée sur la lame ne laissait aucun doute sur son origine : cette arme n'était ni polonaise ni même slave.Une fabrication franque identifiée
Elle venait de l'actuelle France, forgée par un artisan franc dont le nom était reconnu comme gage de qualité sur les champs de bataille de toute l'Europe du Nord. Une épée du Xe siècle, de type Petersen S, a été découverte intacte dans la Vistule, à Włocławek, grâce à l'action protectrice des limons de la rivière.Une inscription révèle son origine
La lame porte l'inscription « +VLFBERHT+ », signature d'un atelier franc de Rhénanie, dont environ 170 exemplaires ont été retrouvés en Europe. Włocławek, carrefour de routes fluviales et terrestres fréquenté par les Scandinaves au service des premiers souverains Piast, explique la présence de cette arme franque en Pologne.Une découverte lors d'un dragage
Une lame scandinave enfouie au cœur de la Pologne. Tout a commencé lors de travaux de dragage dans le bassin portuaire de Włocławek, dans le centre de la Pologne. Sławomir Mularski, conducteur de pelle, a remarqué un long objet métallique dans le godet de sa machine. À ce moment-là, rien n'indiquait qu'il venait de tirer des eaux du fleuve un témoin du haut Moyen Âge.Une conservation exceptionnelle
Enfoutie pendant près de mille ans sous les sédiments de la Vistule, l'épée se trouvait dans un état de conservation exceptionnel. Les limons de la rivière avaient joué un rôle protecteur, limitant l'oxydation et préservant les détails de la lame et de la poignée. Les autorités locales ont rapidement qualifié la découverte d'exceptionnelle.Une trouvaille rare en Pologne
Et pour cause : seules huit épées comparables avaient été recensées sur le territoire polonais avant cette découverte. La forme du pommeau, structuré en trois lobes distincts, a permis de la classer parmi les épées de type Petersen S, une typologie bien connue des archéologues et généralement datée du Xe siècle.Une signature franque révélée
Le mystère d'une signature forgée à des milliers de kilomètres. C'est une radiographie qui a révélé le véritable secret de cette arme. Sur la lame apparaissait une inscription gravée : « +VLFBERHT+ ». Un nom qui n'est ni polonais ni même scandinave, mais qui se présente comme une signature franque, vraisemblablement issue de la Rhénanie.Contexte historique de l'épée
L'archéologue polonais Robert Grochowski a rappelé à la Gazeta Wyborcza que ce type d'arme, souvent appelé « épée viking » dans l'imaginaire collectif, a bien été forgé dans l'actuelle France. Ulfberht n'était ni un guerrier ni un roi, mais vraisemblablement le nom d'un atelier ou d'une lignée de forgerons, dont la réputation franchissait les frontières.Une large diffusion
Selon Sambor Gawiński, du service régional de conservation des monuments, environ 170 épées portant cette même inscription ont été retrouvées à travers l'Europe, principalement autour de la mer Baltique et en Scandinavie. Chaque nouvelle découverte enrichit ce corpus encore clairsemé, et chaque exemplaire en dit un peu plus sur l'histoire de ces lames qui ont voyagé bien au-delà de leur lieu de fabrication.Les routes commerciales du Moyen Âge
Lorsque les fleuves polonais servaient d'autoroutes aux marchands vikings. Pourquoi une épée franque a-t-elle fini au fond de la Vistule, loin de son lieu de fabrication ? La professeure Chudziak apporte un élément de réponse en rappelant la position stratégique de Włocławek. En ce lieu se croisaient plusieurs grands axes : la voie fluviale de la Vistule, un itinéraire menant vers la Rus' de Kiev, ainsi que des routes terrestres reliant la Couïavie, la Mazovie et la Grande-Pologne.Des traces de présence scandinave
Ce carrefour explique pourquoi des objets d'origine scandinave resurgissent régulièrement dans la région. Mateusz Sosnowski, expert associé à l'analyse de l'épée, rappelle que de nombreux objets d'origine scandinave ont déjà été mis au jour dans une nécropole locale. Ces découvertes suggèrent la présence de populations venues du nord de l'Europe, probablement au service des premiers souverains Piast, qui posaient alors les fondations de l'État polonais.Des objets qui voyagent à travers l'Europe
Une épée franque a donc très bien pu passer entre des mains scandinaves avant de finir dans les eaux polonaises. C'est tout l'intérêt de ces réseaux d'échanges du haut Moyen Âge : des objets circulaient sur de grandes distances, transportés par des marchands ou des guerriers qui n'hésitaient pas à emprunter les grands fleuves comme des routes liquides.Les recherches à venir sur l'épée
L'épée a depuis été confiée à l'université Nicolas-Copernic de Toruń pour sa conservation, où elle fera l'objet d'études approfondies. Au-delà de l'objet lui-même, c'est tout un réseau d'échanges entre la France, la Scandinavie et l'Europe de l'Est qui refait surface des eaux de la Vistule, rappelant que les frontières actuelles n'ont jamais réellement freiné la circulation des objets, des idées et des hommes.