Le site Framatome de Jarrie fait face à des vols d'hafnium, menaçant les chaînes d'approvisionnement mondiales des industries nucléaire et technologique.
Framatome confronté au vol d'hafnium sur son site de Jarrie
Framatome, seul producteur français d'hafnium métal, a signalé un vol sur son site de Jarrie, en Isère, où plusieurs centaines de kilogrammes de cristaux d'hafnium ont été dérobés dans la nuit du 21 au 22 octobre 2026. Le préjudice est estimé à plusieurs millions d'euros, ce qui constitue le sixième vol en sept ans sur ce site, classé Seveso seuil haut.Les voleurs ont contourné la sécurité en peu de temps
Selon ICI Isère, les voleurs ont pénétré dans l'installation, protégée par des blocs de béton, en quelques minutes seulement. Un intérimaire présent sur place a pris la fuite sans intervenir. Les auteurs connaissaient l'emplacement exact d'un important stock de cristaux d'hafnium. Les biens dérobés représentent plusieurs centaines de kilogrammes d'un métal dont le cours a atteint 11 150 euros le kilo à l'automne 2026, selon L'Humanité citant le Shanghai Metals Market. Un calcul simple place le préjudice entre 3 et 10 millions d'euros.Les propriétés uniques de l'hafnium et l'approvisionnement mondial
L'hafnium est un métal rare, de couleur argentée, doté d'une résistance thermique exceptionnelle (point de fusion à 2 233 °C) et d'une forte résistance à la corrosion. La France ne dispose d'aucun gisement naturel, mais produit 80 % de l'hafnium raffiné mondial à partir de deux sites seulement : Jarrie et Albany, dans l'Oregon, aux États-Unis. L'installation iséroise est un sous-produit stratégique de la chaîne de production du zirconium pur destiné à la gainage des crayons combustibles des 56 réacteurs nucléaires d'EDF. La production mondiale annuelle est limitée à 70-80 tonnes. Depuis novembre 2025, la Chine contrôle ses exportations, tandis que la demande des fonderies de semi-conducteurs pour l'intelligence artificielle explose. Résultat : le prix est passé de 5 000 dollars le kilo en mai 2024 à 13 114 dollars en avril 2026, soit une hausse de 160 % en moins de six mois. L'hafnium vaut désormais 1,5 fois le prix de l'argent et 100 fois celui du cuivre.Des problèmes de sécurité récurrents sur le site
Le site de Jarrie subit une hémorragie criminelle chronique. Avant le vol d'octobre 2026, cinq autres vols avaient déjà frappé le site depuis 2019. En août dernier, un chef d'équipe de Framatome a été interpellé avec 150 kilogrammes d'hafnium et 500 000 euros en espèces à son domicile, révèle Media24. Au-delà du préjudice direct, ces vols répétés génèrent des coûts cachés considérables : arrêts de production pour les inventaires, hausse des primes d'assurance, investissements de sécurité continuellement renforcés mais apparemment insuffisants, perte de confiance de clients stratégiques. Le syndicat Force Ouvrière exige désormais « le retrait immédiat de tous les salariés en équipes de nuit et de week-end et l'arrêt complet des installations d'hafnium jusqu'à la sécurisation complète et sérieuse des accès au site, quel qu'en soit le coût ». Un arrêt prolongé coûterait encore plusieurs millions d'euros.Conséquences opérationnelles et judiciaires
Chaque vol déclenche une cascade de perturbations opérationnelles. La section de recherches de la gendarmerie de Grenoble mène l'enquête, qui implique des scellés, des auditions et des contrôles renforcés sur l'ensemble de la chaîne logistique. Une réunion extraordinaire du CSE s'est tenue le 23 octobre 2026. Les syndicats menacent de se mettre en grève si la direction ne renforce pas radicalement la sécurité. Toutefois, toute interruption de production à Jarrie affaiblirait l'approvisionnement mondial : l'usine iséroise et son homologue américaine assurent 80 % de l'hafnium raffiné mondial. Même une pénurie temporaire pourrait bloquer des chaînes de production entières dans trois secteurs vitaux.Des industries critiques dépendantes de l'hafnium
L'hafnium alimente des industries stratégiques à forte valeur ajoutée. Entre 45 % et 60 % de la production mondiale sont destinés aux superalliages pour moteurs d'avions à réaction, notamment ceux des avions de combat français Rafale et des drones de combat. Les sous-marins nucléaires utilisent également ce métal pour ses propriétés d'absorption des neutrons. Enfin, les fonderies de semi-conducteurs en consomment des quantités croissantes pour les puces d'intelligence artificielle de nouvelle génération. Selon Sud Ouest, ces clients industriels paient des prix premium pour sécuriser leurs approvisionnements. Tout retard de livraison entraîne de lourdes pénalités contractuelles pour Framatome et affaiblit sa position commerciale face à la concurrence américaine.Des mesures de sécurité insuffisantes
Malgré le statut Seveso seuil haut du site, les dispositifs de protection semblent dépassés. Blocs de béton, intérimaire isolé la nuit, absence de système de détection précoce efficace : les voleurs ont agi en quelques minutes, avec une connaissance intime du site. « Les voleurs étaient manifestement très bien informés. Ils connaissaient l'emplacement où un important stock d'hafnium était entreposé », relève France Info. Renforcer la sécurité exige des investissements massifs : gardiennage armé 24 heures sur 24, vidéosurveillance intelligente, contrôles biométriques et blindage des zones de stockage.Le gouvernement appelé à agir sur les infrastructures critiques
Le Président de la République a demandé à son gouvernement, en septembre 2026, de « préparer un plan de protection de nos infrastructures critiques, ainsi que des sites les plus sensibles de notre base industrielle et technologique de défense ». Toutefois, aucune mesure concrète n'a encore été mise en œuvre. En attendant, Framatome paie le prix d'une criminalité organisée qui cible systématiquement le maillon faible d'une chaîne d'approvisionnement stratégique.