Un communiqué collectif signé par Nathalie Tehio, présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme), a été publié dans Le Nouvel Obs. Cet appel, lancé par SOS Racisme et d’autres organisations luttant contre le racisme, compte 160 artistes, sportifs, universitaires et militants, parmi lesquels figurent Alexis Michalik, Thomas Piketty, Dominique Sopo, Nathalie Tehio et Alice Zeniter. Ces personnalités réagissent aux attaques subies par plusieurs d’entre elles après avoir critiqué le Rassemblement national, un parti politique d’extrême droite en France. Les signataires affirment qu’ils ne s’excuseront pas d’avoir « alerté sur les dangers de l’extrême droite, du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie ou de la xénophobie ». Ces derniers jours, Kylian Mbappé, Teddy Riner, Paul Mirabel et Adèle Exarchopoulos ont exprimé des positions qui auraient semblé banales il y a encore peu. Leurs prises de parole expriment l’inquiétude face à ce qui adviendrait du pays s’il était dirigé par l’extrême droite, une famille politique dont l’histoire montre une volonté de saper la démocratie, de brutaliser le débat public et de remettre en cause l’égalité fondée sur la nationalité, la couleur de peau ou la religion. Ces prises de position ont suscité des attaques contre chacune de ces personnalités, les réseaux sociaux devenant le théâtre de l’expression de la haine. Cette haine a même conduit la justice à ouvrir une enquête pour des attaques racistes visant Teddy Riner. Sur CNews, Pascal Praud a annoncé qu’il allait désormais lister chaque jour les noms d’artistes et de sportifs qui s’opposent au Rassemblement national. Des militants d’extrême droite ont renvoyé des personnalités comme Kylian Mbappé ou Teddy Riner à des assignations identitaires qui les rendraient illégitimes à s’inquiéter de la montée des discours racistes et des forces politiques qui les portent et les amplifient. Face à cette offensive teintée de racisme et d’intimidation, les signataires assurent collectivement qu’ils ne resteront pas silencieux. Qu’ils soient artistes, sportifs, universitaires, militants ou syndicalistes, ils ne s’excuseront pas d’alerter sur les dangers de l’extrême droite, du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie ou de la xénophobie. Ils ne refuseront pas de désapprouver les discours qui ciblent les étrangers et promettent de leur retirer des droits. Ils ne renonceront pas à s’exprimer lorsque l’on prétend chasser les femmes voilées des rues. Ils diront, le cas échéant, avec les mots qu’ils choisissent et les formes qu’ils jugent pertinentes, qu’aucun Français, homme ou femme, ne doit être jugé ou traité en fonction de son taux de mélanine ou de l’origine de ses ancêtres. Ils continueront à dire qu’ils sont fiers d’évoluer dans des milieux où ils créent, jouent ou militent, forts de tout ce que la France permet en matière d’échanges culturels, de rencontres au-delà des frontières et de l’épanouissement d’idées, de concepts et de notions venues d’ailleurs, enrichies ici, sauf à faire l’inverse. Ils n’auront jamais honte de leurs origines, qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs. Ils ne se priveront pas d’affirmer que la haine raciste qu’ils perçoivent dans l’extrême droite est une haine de la différence et de l’égalité, qui menace aussi les droits des femmes ou des personnes LGBT. Ils seront toujours fiers de penser que, dans leur pays, le sans-patrie Missak Manouchian, la Franco-Américaine Joséphine Baker ou le Juif polonais Joseph Epstein sont des héros et ont honoré la France quand des dirigeants qui clamaient leur patriotisme ont trahi de manière abominable en tirant sur la République, en torturant des résistants avant de les exécuter, ou en collaborant à la déportation des Juifs vers des lieux d’extermination. Artistes, sportifs ou personnalités engagées, ils veulent travailler, créer, penser, bouger, aimer. Ils veulent vivre sans avoir à justifier leur nom, leur couleur de peau, leur religion ou son absence, leur genre ou la personne qu’ils aiment. Ils ne veulent pas vivre dans la peur, la discrétion ou le secret. Ils connaissent l’inconfort, voire la peur, que peuvent engendrer des attaques, des insultes et des menaces répétées. Ils ne demandent à personne de faire comme si ces attaques n’avaient aucun coût. Mais ils s’engagent à demander à la majorité de les accompagner : ne pas laisser seuls ceux, célèbres ou anonymes, qui subissent attaques, insultes et menaces. Ne pas les laisser impressionner. Ils n’ont aucune raison de rougir de ce qu’ils sont. Ils n’ont aucune raison de rougir de vouloir une société plus libre, plus juste, plus égalitaire. Ils n’ont aucune raison de s’excuser de refuser le racisme, la promesse d’un recul des droits et la mise en ordre de leurs vies. Ils ont des vies à mener, des œuvres à créer, des liens à tisser, un monde à embellir. Alors, ils mèneront leur vie, créeront leurs œuvres, construiront des liens, embelliront le monde. Et ils agiront en citoyens fiers, libres de leurs mots.