Zineb Kharroubi, une citoyenne marocaine vivant en France depuis six ans, a été placée en détention et présentée à un procureur sans assistance juridique. Elle a été inculpée d’« incitation à commettre des infractions par voie électronique » et, en juin, a écopé d’une peine de prison de six mois avec sursis, assortie d’une amende de 5 000 dirhams. Le parquet a fait appel de cette décision. Kharroubi estime que ses publications sur les réseaux sociaux concernant les mobilisations du mouvement GenZ 212 sont à l’origine de ces poursuites. Depuis sa condamnation, elle a cessé de se rendre au Maroc. Une réunion de solidarité s’est tenue dans le 19ᵉ arrondissement de Paris ce dimanche 27 septembre, organisée par plusieurs collectifs et militants en soutien aux mouvements sociaux au Maroc. L’événement a inclus deux tables rondes : l’une analysant le mouvement GenZ 212 un an après son émergence, et l’autre abordant la situation des personnes ayant franchi la frontière vers l’enclave espagnole de Ceuta et qui y sont toujours bloquées. Le mouvement GenZ 212, né sur les réseaux sociaux fin septembre 2025, a mobilisé des milliers de jeunes dans plusieurs villes marocaines. Ses revendications portaient sur un meilleur accès à la santé, à l’éducation et à l’emploi, tout en dénonçant les inégalités sociales et la corruption. Un an après son lancement, les rassemblements de grande ampleur ont presque disparu. Selon l’Association marocaine des droits humains (AMDH), près de 5 700 personnes ont été arrêtées pendant et après les manifestations, et environ 650 restent détenues. Les militants encore actifs se concentrent désormais sur le soutien aux détenus et à leurs familles, exigeant leur libération sous le slogan « Free Koulchi » (« Libérez-les tous »). Lors de l’événement parisien, quatre femmes ont évoqué les effets de la répression à distance : la peur de retourner au Maroc ou d’exposer leurs proches, mais aussi la volonté d’utiliser la liberté d’expression dont elles bénéficient en France pour poursuivre la mobilisation. Pour les militants vivant en France, cette liberté d’expression s’accompagne d’une autre préoccupation : la crainte de rentrer au Maroc. Yasmine, qui n’a jamais été interrogée par les autorités, redoute désormais chaque voyage dans son pays d’origine. Souha continue de s’y rendre régulièrement, bien que non sans appréhension. Elle craint que ses activités militantes n’aient des répercussions sur ses proches. Cette peur pousse certains de ses collègues vivant à l’étranger à éviter de rentrer, même pour des événements importants comme des funérailles ou des retrouvailles familiales. La distance leur permet de s’exprimer plus librement sur le Maroc, mais la crainte des conséquences pour elles-mêmes ou leurs proches persiste. « Si nous ne pouvons pas parler, nous ne pouvons pas évoluer », a déclaré une militante. Yasmine, originaire de Rabat, est arrivée en France il y a six ans pour y étudier la sociologie. Initialement centrée sur les questions féministes, cette femme de 30 ans s’est peu à peu intéressée aux enjeux sociaux et politiques plus larges du Maroc. Elle décrit un pays où, malgré le développement économique, les inégalités persistent, et où, selon elle, il est devenu plus difficile d’exprimer publiquement des critiques. Nidal, également de Rabat, a commencé son engagement après son arrivée en France à l’âge de 23 ans. Aujourd’hui fonctionnaire territoriale, elle dénonce les inégalités qu’elle lie au capitalisme et au patriarcat. Pour elle, la liberté d’expression est essentielle au changement : « Si nous ne pouvons pas parler, nous ne pouvons pas évoluer. » Souha, originaire de Salé, a rejoint l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à 14 ans. Quelques années plus tard, elle a participé au mouvement du 20-Février, né en 2011 lors des soulèvements du Printemps arabe, qui réclamait plus de démocratie et de justice sociale au Maroc. Vivant en France depuis l’âge de 22 ans, elle milite désormais aux côtés du mouvement GenZ 212, en se concentrant sur la défense des personnes emprisonnées à la suite des mobilisations. Pour elle, l’activisme est aussi une histoire de transmission. Son père, originaire du Rif, vient d’une famille marquée par la répression. Sa mère, de Casablanca, a vécu « les années de plomb », une période de forte répression politique sous le règne d’Hassan II. Tous deux restent engagés dans diverses causes, dont le soutien à la Palestine. Un an après les manifestations de GenZ 212, Souha ne se fait pas d’illusions sur le déclin du mouvement au Maroc. Mais pour elle, les arrestations ne signent pas sa fin. Depuis Paris, elle souhaite continuer à porter ses revendications et, surtout, exiger la libération des détenus. « En poussant suffisamment fort, je suis sûre que nous changerons les choses. »