Lancé en 2014 par Huawei France en partenariat avec Maddyness, le concours a attiré cette année une trentaine de candidatures, toutes axées sur la mobilité urbaine durable et inclusive. Julien Barbier, qui a présidé le jury en 2024 aux côtés de la lauréate NADKA, a souligné les progrès significatifs depuis son implication initiale, lorsque le secteur était « vraiment à ses débuts, avec très très peu de revenus ». Les participants de cette année ont montré une maturité accrue, certaines entreprises affichant une réelle traction commerciale. Par exemple, StreetNav, une application conçue pour aider les personnes à mobilité réduite à se déplacer en ville, revendique plus de 50 000 utilisateurs mensuels. Virgomove, autre lauréat, a vendu plus de 8 000 casques complets pour vélos et trottinettes électriques dans 100 pays. Son fondateur estime que l’usage du casque pourrait devenir obligatoire en France, une mesure qui renforcerait la sécurité dans la mobilité urbaine. Un autre participant marquant, Foxtrot Aviation, utilise l’intelligence artificielle pour la maintenance prédictive des avions légers. L’entreprise a sécurisé sept commandes et fabrique déjà ses cartes électroniques à Shenzhen, en Chine. Julien Barbier a insisté sur l’importance des prototypes et des premiers clients, soulignant que leur existence est rassurante tant pour les fonds d’investissement que pour les jurys. Dans un secteur où la concurrence avec les grands acteurs est intense, lever des fonds est crucial pour que les startups puissent s’imposer. Pour Arthur Alba, fondateur de StreetNav, le parcours est loin d’être simple. Son application, qui fonctionne sur le même principe que Waze mais est adaptée aux personnes à mobilité réduite, est financée par les collectivités locales. Cependant, face aux pressions budgétaires, Alba se tourne déjà vers l’étranger. Ses marchés cibles incluent Hong Kong, réputé pour ses gratte-ciels et sa navigation urbaine complexe, ainsi que la Chine, où la technologie de géolocalisation est plus avancée. « En France aujourd’hui, nous utilisons le système GPS américain, et il n’est pas assez précis », souligne-t-il. Ses objectifs incluent l’expansion vers de nouveaux cas d’usage, comme la lutte contre les canicules ou l’amélioration de la sécurité des femmes dans les espaces publics. D’autres startups misent sur des modèles économiques durables. Marie-Charlotte Prudent, cofondatrice de Safekeeper, une entreprise lyonnaise qui met en relation les cyclistes et des personnes chargées de surveiller et recharger leurs vélos, anticipe déjà l’avenir. Avec 350 millions de vélos électriques en circulation en France, elle voit des opportunités dans l’échange de batteries, un service encore inexistant dans le pays. Elle ambitionne de développer une « super application » pour la mobilité douce, offrant tous les services sur une seule plateforme. Elle prévoit également de traduire son application en mandarin, suivant les conseils d’anciens comme Zahime Rai, d’H24care. De même, Noula, un service de covoiturage à La Réunion et aux Antilles qui utilise WhatsApp, envisage d’étudier WeChat et ses systèmes de paiement intégrés pour s’en inspirer. Les lauréats du concours passeront une semaine à Hong Kong, Shenzhen et Guangzhou, avec des visites et des rencontres organisées par la Chambre de commerce et d’industrie française en Chine (CCI). Julien Barbier se souvient avoir été surpris par le niveau d’innovation et l’appétence pour les nouvelles idées qu’il a pu observer en Chine. Il reconnaît toutefois les défis liés à l’adaptation à différents marchés : « Une offre valable ici l’est-elle nécessairement là-bas ? » Il souligne que ce voyage sert à la fois d’accélérateur et de facteur de remise en question pour les startups. À leur retour, la partie la plus difficile consiste à maintenir le contact avec les relations établies. Son conseil est sans équivoque : « Il faut rester en contact. D’expérience, on ne le fait jamais assez, mais c’est essentiel. »