Un canal de 4-meter creusé en 2003 pour prévenir les inondations à Saint-Louis (Sénégal) a provoqué une brèche massive, modifiant le cours du fleuve et entraînant des crises environnementales et sociales.
Un canal creusé pour lutter contre les inondations
Un canal de 4 mètres de large, 1,5 mètre de profondeur et environ 100 mètres de long a été creusé dans la nuit du 3 au 4 octobre 2003, à Saint-Louis, au Sénégal. Cette opération visait à faire baisser le niveau de l'eau dans la ville, qui montait en raison de fortes pluies dans le bassin du fleuve Sénégal. Le canal offrait au fleuve une sortie directe vers l'océan Atlantique afin de prévenir les inondations.Emplacement du canal
Le canal a été creusé à 7 kilomètres au sud du pont Faidherbe, à l'endroit où la langue de sable était la plus étroite. Ce site a été choisi pour faciliter les travaux d'excavation. Dans un premier temps, le projet a permis de faire baisser le niveau de l'eau d'environ 1 mètre et d'éviter une inondation. Toutefois, des experts ont par la suite critiqué cette décision, car elle ne tenait pas compte des effets à long terme sur la langue de sable.L'érosion de la langue de sable au fil du temps
La Langue de Barbarie, une barre de sable naturelle qui protège Saint-Louis d'une submersion par la mer, a été fortement fragilisée par le canal. La brèche s'est rapidement élargie, atteignant 80 mètres au 5 octobre 2003, puis 330 mètres en l'espace de trois semaines. En 2007, la brèche mesurait 1 500 mètres de large et 6 mètres de profondeur.Élargissement continu de la brèche
En février 2015, la brèche avait atteint 5 200 mètres, et en 2016, elle mesurait 5,5 kilomètres. Le canal est devenu la nouvelle embouchure du fleuve Sénégal, déplaçant la sortie du fleuve d'environ 30 kilomètres en amont vers un point situé 6 ou 7 kilomètres au sud de l'île de Saint-Louis. Ce changement a modifié le débit du fleuve et ses effets sur la zone environnante.Impacts environnementaux et sociaux
La modification du débit du fleuve a accru l'amplitude des marées à Saint-Louis, entraînant la submersion de deux villages, Doun Baba Dièye et Keur Bernard. Keur Bernard a totalement disparu, tandis que Doun Baba Dièye a été partiellement réoccupé par la suite. Les terres environnantes, autrefois cultivées, sont devenues trop salées pour l'agriculture, et les habitants de la lagune de Mboumbaye subissent désormais fréquemment les marées de l'Atlantique. L'érosion a également emporté des dunes et d'autres éléments naturels dans la partie sud de la zone.Répercussions sur les pêcheurs locaux
La brèche a perturbé l'écosystème marin et créé des conditions dangereuses pour les pêcheurs locaux. Les pirogues chavirent souvent dans le chenal, et selon certains témoignages, des centaines de personnes auraient péri depuis 2003, bien qu'aucun chiffre officiel ne soit disponible. Les pêcheurs de Guet Ndar décrivent le retour de la pêche comme une activité à haut risque. Fin octobre 2026, la brèche était devenue une préoccupation majeure pour les pêcheurs locaux. Idrissa Ndiaye, récemment élu à la tête de l'Union régionale des pêcheurs artisans de Saint-Louis, la qualifie de « principal obstacle pour les pêcheurs de Saint-Louis ». Il met en garde contre le fait que les pratiques de pêche traditionnelles sont « en danger » et demande au gouvernement de consulter les acteurs du secteur.Protection environnementale et situation actuelle
Malgré ces difficultés, la zone demeure protégée : le parc national de la Langue de Barbarie a été désigné zone humide d'importance internationale au titre de la convention de Ramsar le 7 avril 2021. La largeur actuelle de la brèche varie : les mesures de 2018 faisaient état de 5,2 kilomètres, tandis qu'une étude récente évoque jusqu'à 7 kilomètres, avec deux chenaux. Saint-Louis n'a pas connu de crue majeure du fleuve depuis 2003.