Après avoir collaboré avec le groupe Niewiadów pour la production de canons de 155 mm, KNDS s’est récemment tourné vers deux entités du groupe polonais WB Group afin de « poloniser » son obusier de 105 LG, en signant une lettre d’intention (LoI). Il s’agit d’un projet à long terme, dans lequel le groupe industriel français cherche à se positionner au bon moment, ni trop tôt ni trop tard. WB Electronics se concentrera principalement sur la partie logicielle, en commençant par l’intégration du système de conduite de tir TOPAZ. KNDS France souligne que WB Electronics est « le Thales local, et donc incontournable », d’autant que la numérisation du soutien feu devient centrale. AREX, acteur dual, sera mobilisé pour la partie mécanique, notamment pour la maintenance des pièces qui pourraient être livrées. La question de la localisation n’est pas encore totalement résolue, mais l’intégration du canon en Pologne n’est pas exclue. Ce mécanisme est adopté pour la plupart des contrats, comme dans le cas de la Malaisie. Il pourrait également s’étendre aux munitions, KNDS ayant indiqué sa volonté de produire sur le sol polonais des obus longue portée ERG3. Le partenariat stratégique signé en juin dernier, bien que centré sur l’obus de 155 mm LU211P, avait été conçu dès l’origine pour s’élargir à d’autres munitions, dont l’obus de 105 mm et les dernières évolutions de la gamme de 120 mm pour les chars de combat. Un paramètre est d’ores et déjà certain : « le potentiel est important ». Léger et donc adapté au soutien des unités légères, le 105 LG est « bien perçu et considéré pour les brigades aéroportées ». Leurs besoins ne sont pas nouveaux, et KNDS non plus. Dès 2019, son canon était en Pologne pour une démonstration de tir devant les forces armées. L’idée était de leur proposer un canon transportable par hélicoptère. Le 105 mm apparaissait alors comme une alternative intéressante en complément des mortiers de 120 mm. Le sujet était cependant passé au second plan, car les brigades visées avaient mis du temps à obtenir les hélicoptères nécessaires au transport de ces futurs pièces d’artillerie. Depuis, la défense polonaise s’est également renforcée, depuis près d’une décennie, avec une force de défense territoriale. En plus des vingt brigades qui pourraient être rassemblées dans cette garde nationale, la transformation en cours des forces terrestres pourrait à son tour faire émerger des unités intéressées par le 105 LG. Il est cependant difficile de quantifier ce potentiel, et encore plus d’en déterminer la part qui sera effectivement contractualisée, ainsi que sur quelle période. « Cela dépendra du financement », note l’industriel français. L’Europe pourrait générer une nouvelle accélération. Après le programme SAFE et ses 4,37 milliards d’euros prêtés à Varsovie, une seconde édition pourrait bientôt voir le jour et bénéficier à des programmes qui avaient été mis de côté. « Nous avons dit que le moment était venu », estime l’entreprise. Longtemps considéré comme non prioritaire, ce projet a gagné en importance après la vague d’acquisitions facilitées par le mécanisme SAFE. La guerre en Ukraine et ses enseignements contribuent également à relancer ce segment de niche. « Tout vient à point à qui sait attendre », note l’entreprise. Malgré la guerre en Ukraine, malgré l’accélération qui en résulte, malgré les incitations financières européennes, les délais se comptent encore en années pour « concrétiser un accord ». Se positionner en Pologne demande une certaine anticipation. C’est pourquoi KNDS anticipe déjà « un marché où les bonnes surprises sont rares ». « Il faut commencer tôt », et l’effort pour promouvoir le 105 LG « n’y fait pas exception ». Pour KNDS et ses partenaires, il s’agissait donc de se tenir prêts à passer à l’étape suivante. Ce n’est cependant pas qu’une question d’instinct. Formaliser ces partenariats, impliquer des acteurs locaux permettrait aussi d’avancer le projet et de capter davantage l’attention des décideurs politiques, espère la branche française. Sortir de l’ombre n’est jamais simple. Attirés par le mouvement, d’autres pourraient chercher à se positionner sur un segment où la concurrence n’est pas extensible, mais existe. L’industrie turque, par exemple, pourrait jouer la carte du « low cost ». Le britannique BAE Systems pourrait, quant à lui, présenter un système L119 « éprouvé au combat », apparemment apprécié des artilleurs ukrainiens. Reste à voir quelle sera leur capacité réelle de production en dehors de celle orientée vers l’Ukraine. Un autre candidat potentiel, le système Hawkeye monté sur Humvee, « n’a pas encore totalement convaincu, pas sur le concept mais sur les performances ». KNDS ne sera certainement pas seul dans la course, mais « nous pensons que le jeu en vaut la chandelle ». Derrière les annonces officielles, l’autre défi sera ensuite d’avancer rapidement et, autant que possible, discrètement. Le tout en misant sur un éventuel dispositif SAFE 2 qui, s’il se concrétise, imposerait un achat européen favorable à la solution française. La signature d’une LoI n’était que la première étape d’un long processus. La suivante consistera à clarifier et finaliser plusieurs points avant d’envisager des documents plus contraignants. Un autre atout de la Pologne, en plus du vaste marché commercial qu’elle représente, est d’accueillir l’un des rares salons de défense annuels. KNDS et ses partenaires se donnent donc un an pour formaliser ce point de départ et démontrer, à l’occasion du MSPO 2027, « un certain nombre de réalisations ».