Une enquête sans précédent remet en cause l’idée reçue selon laquelle les zones rurales seraient par nature hostiles aux jeunes personnes LGBTIQ, révélant une réalité plus complexe et nuancée. Les résultats, publiés dans l’ouvrage Fiertés d’ici : grandir LGBTIQ à la campagne (2026), mettent en lumière à la fois les défis et les liens que les jeunes LGBTIQ tissent dans ces milieux. L’étude montre que, si la discrimination existe bel et bien, beaucoup y trouvent aussi un sentiment d’appartenance et de soutien. Longtemps, l’idée dominante était que les jeunes LGBTIQ devaient quitter les campagnes pour les villes afin de vivre ouvertement leur identité, en quête d’anonymat et d’acceptation. Cette vision présentait les zones rurales comme des lieux de silence, d’hostilité, voire de violence. Pourtant, cette enquête suggère que cette perception est trop réductrice. Elle révèle que la vie rurale pour les jeunes LGBTIQ ne se résume pas au rejet : elle est aussi faite de relations, de communauté et d’attachement à la terre. L’enquête révèle que près de 90 % des jeunes LGBTIQ imaginent leur avenir dans les zones rurales, dont 51 % prévoient de s’y installer durablement et 14 % envisagent d’y rester un temps avant de partir. Seuls 10 % envisagent de quitter définitivement la campagne, tandis que 25 % comptent la quitter puis y revenir à un moment donné. Ce rapport à la ruralité évolue avec l’âge : les plus jeunes sont plus enclins à vouloir partir, tandis que les plus âgés cherchent davantage à s’y ancrer durablement. Malgré l’image paisible associée à la vie rurale, 73 % des personnes interrogées déclarent avoir subi des discriminations, avec des taux plus élevés chez les personnes transgenres et non binaires. Beaucoup ont été victimes de différentes formes de violences : insultes, atteintes psychologiques, harcèlement, menaces, voire violences physiques et sexuelles. Le sentiment de danger est particulièrement marqué dans les établissements scolaires, suivis de l’environnement familial et des lieux de loisirs ou de sport. Si la discrimination en milieu rural peut être plus intense qu’en ville – notamment dans les écoles –, l’enquête souligne aussi l’existence de réseaux de soutien, souvent initiés au sein de la famille. Beaucoup de jeunes choisissent de rester pour s’occuper de leurs parents vieillissants, offrir un cadre sécurisé à leurs enfants ou parce qu’ils sont attachés à un lieu chargé d’histoire personnelle et d’amitiés. Certains voient la campagne comme un refuge face au stress et à l’insécurité de la vie urbaine, surtout en vieillissant. L’intégration des questions LGBTIQ dans les communautés rurales reste cependant fragile, en raison de l’émergence récente de ces enjeux, du faible nombre d’associations établies, de financements limités et d’un accès inégal aux soins. Les demandes de subventions sont souvent rejetées, ce qui affaiblit les groupes locaux de soutien. L’accès aux soins médicaux est également restreint, avec des disparités notables entre celles et ceux qui se sentent à l’aise dans leur peau et les autres. L’enquête relève aussi l’attention croissante portée par les médias aux questions LGBTIQ en milieu rural. Par exemple, le documentaire Pédale rurale suit un agriculteur de Dordogne dans son parcours vers l’acceptation de son identité queer sur ses propres terres. Cela s’inscrit dans la multiplication des événements de fierté rurale, comme les Fiertés rurales à Chenevelles, qui visent à rendre les campagnes plus inclusives et accueillantes pour les personnes LGBTIQ.