Rencontre interreligieuse historique à Assise

Il y a quarante ans, le 27 octobre 1986, une rencontre interreligieuse historique s'est tenue à Assise, en Italie, à l'initiative du pape Jean-Paul II. L'événement réunissait évêques, patriarches, rabbins, imams, moines et représentants de diverses traditions religieuses, dont des prêtres vaudou et des sages de traditions ancestrales.

Les participants voyagent en train spécial

Un train spécial a conduit les participants de Rome à Assise, où le rassemblement a été marqué par le son des cloches et un temps de silence pendant lequel chacun a prié selon ses propres coutumes. L'événement a été décrit comme un acte prophétique par Michel Cool, chroniqueur et reporter pour l'hebdomadaire La Vie, qui a couvert la rencontre à l'époque.

Une rencontre pendant la guerre froide

La rencontre a eu lieu pendant la guerre froide, une période marquée par des tensions géopolitiques, notamment la militarisation de l'espace à travers le programme « Guerre des étoiles » lancé par les États-Unis sous la présidence de Ronald Reagan. Malgré ces tensions, le pape Jean-Paul II, qui avait lui-même été victime d'une tentative d'assassinat, a cherché à souligner deux vérités essentielles : les religions sont intrinsèquement pacifiques, et la paix du Christ n'est pas la même que la paix des hommes.

Un événement confronté à une opposition interne

La rencontre interreligieuse n'a pas été exempte de polémiques. Certains au sein de l'Église catholique ont exprimé la crainte que la prière commune ne brouille les frontières entre la vérité et l'erreur, pouvant ainsi conduire à la confusion ou à l'hérésie. Malgré ces objections, Jean-Paul II a poursuivi sa vision, insistant sur l'importance de la non-violence et sur la nécessité pour les responsables religieux de combattre le sectarisme et l'instrumentalisation de la religion à des fins politiques.

Un anniversaire qui soulève de nouvelles questions

Le 40e anniversaire de cet événement soulève de nouvelles interrogations à la lumière des tensions mondiales actuelles, notamment la menace de guerres de haute intensité et l'éventualité d'un recours à l'arme nucléaire. Michel Cool s'est interrogé sur la difficulté de concilier l'appel à prier pour la paix et la nécessité d'agir contre les agresseurs et de soutenir les victimes, tout en construisant un ordre juridique international capable de contenir les États puissants.

Réflexion sur la violence contemporaine

L'anniversaire invite aussi à réfléchir à la banalisation de la violence dans les démocraties représentatives modernes, où la violence verbale et physique s'est normalisée grâce aux outils numériques. Cet événement souligne l'importance du dialogue et la nécessité de dépasser les divisions au sein des sociétés pour parvenir à la paix à une plus grande échelle. Michel Cool a insisté sur le fait que l'œuvre de paix commence par un effort personnel, notamment le refus des condamnations faciles et la recherche de la vérité chez autrui, même lorsque ses opinions sont contestées. Il a comparé cette démarche à l'ascèse pratiquée par les moines et les moniales, soulignant l'importance de la patience et de l'argumentation raisonnée pour favoriser la paix.