Manifestations étudiantes à l'université Paris 3

Sur une dizaine de mètres devant l'université Sorbonne-Nouvelle, dite Paris 3, des poubelles et des caisses sont entassées, tandis que des tags et des affiches recouvrent la cour et les murs alentour. Des affiches portant la mention « La fac est à nous » sont accrochées aux grilles, et des banderoles de soutien au mouvement étudiant dénoncent les tentatives d'infiltration policière et le rôle de Snapchat dans l'organisation des mobilisations.

Préparation de la manifestation nationale

La veille de la manifestation nationale appelée le 13 octobre par le mouvement social de la jeunesse, les étudiants de Sorbonne-Nouvelle ont organisé un blocage et une assemblée générale devant leur université. Un passant âgé s'est arrêté pour encourager le petit groupe d'étudiants rassemblés : « Bon courage pour la manifestation ! » Lucas, étudiant en master de littérature et philosophie à Paris 3, a acquiescé, confirmant que lui et ses camarades feraient partie des manifestants du 13 octobre.

Un mouvement qui s'étend à travers la France

Des rassemblements ont lieu partout en France pour ce cinquième acte du mouvement étudiant. Les syndicats sont présents aux côtés de la jeunesse. À Paris, la marche intersyndicale contre le budget d'austérité a été rattachée à un parcours différent. Lucas, militant de Poing Levé, une organisation de jeunesse, espère que la mobilisation de secteurs entiers permettra de faire durer le mouvement et de renforcer les liens entre étudiants, salariés et autres.

Assemblées étudiantes et fermetures administratives

Dans sa faculté, les assemblées ont réuni un nombre croissant d'étudiants au cours des deux dernières semaines de mouvement. « 500 personnes sont venues à l'assemblée la semaine dernière. Cela montre que ce mouvement étudiant était destiné à s'étendre à cette université », raconte Lucas. Il montre rapidement un courriel de l'administration annonçant une fermeture administrative anticipée pour la manifestation du mardi 13 octobre.

Des chiffres de fermeture contestés

Le 13 octobre, jour de la manifestation, les universités sont bien à l'arrêt, comme à Paris 3, affirme le syndicat étudiant à Basta. « 90 % des universités sont bloquées ou fermées », annonce Félix Stive, porte-parole de la fédération, qui revendique 70 universités françaises. Le ministère de l'Enseignement supérieur conteste ces chiffres et annonce que 35 % des établissements ont été perturbés, notamment par des blocages, des occupations et des fermetures administratives.

Le mouvement gagne de nouveaux campus

Du côté de Solidaires Étudiant-es, on fait état de « une dizaine de campus bloqués, avec de beaux succès à Dijon, à Nantes où tout est bloqué. Même Polytechnique est bloquée, ce qui est historique », rapporte Lucie Clamens, porte-parole du syndicat étudiant. Elle cite également de nouvelles occupations d'universités à Montpellier, tandis que d'autres se poursuivent depuis plusieurs jours, comme à Toulouse.

La mobilisation gagne des campus jusqu'ici peu politisés

Dans des villes comme Lyon, la mobilisation des campus se répand de jour en jour, jusqu'à l'Institut d'études politiques et à l'École normale supérieure, bloqués le matin du 13 octobre. La journée de manifestation nationale du mardi 6 octobre semble avoir marqué un tournant dans la diffusion du mouvement vers les universités. À Grenoble, des campus jusqu'ici peu politisés ont rejoint le mouvement après l'avoir observé de loin.

Répression policière et fermetures administratives

Sur le bitume devant Paris 3, une marelle a été tracée à la bombe. Dans chaque case est écrit : 1 CRS, 2 CRS, 3 CRS, 4 CRS… Il y a une semaine, le lundi 5 octobre, la police avait été appelée par l'administration de l'université pour pénétrer dans l'établissement, alors qu'une assemblée s'y tenait, afin de mettre fin au blocage. Sur des vidéos consultées par Basta, des dizaines de policiers casqués démontent tables et chaises et repoussent les étudiants, sous leurs cris.

Violences policières et intervention du personnel

Kamil, technicien audiovisuel et membre de la CGT, affirme avoir été frappé et gazé. « Je me suis placé entre les étudiants et les CRS pour éviter les débordements, les blessés, parce que nous avons clairement vu ce qui se passe depuis des semaines. En tant que membre du personnel universitaire, je ne voulais pas que des étudiants soient frappés, maltraités, violentés par la police. Alors je me suis interposé, en montrant ma carte professionnelle et en répétant que je travaillais ici », commence-t-il.

Les suites de l'intervention policière

L'intrusion des forces de l'ordre « a laissé des cicatrices psychologiques », affirme Lucas. La violence de l'intervention, suivie d'une nasse d'près de quatre heures, a découragé certains de poursuivre la mobilisation, déplore Serge. « Ce matin, plusieurs personnes qui auraient voulu nous soutenir ont dit : "En fait, c'est trop dangereux, je ne m'approcherai pas de l'université." Ils voulaient faire peur, et ça a marché. »

Les fermetures administratives, une forme de répression

Au-delà des intrusions policières sur les campus, les fermetures administratives pèsent sur le mouvement étudiant. Félix Stive, porte-parole du syndicat étudiant, dénonce le « recours systématique » à cette pratique, généralisée depuis les mobilisations de la jeunesse contre la réforme des retraites en 2024. Il pointe des « fermetures abusives à Paris, dans des centres universitaires qui ne sont même pas mobilisés ».

Cours en ligne et contestations juridiques

De la même manière, Lucie Clamens note que les cours en ligne sont une pratique à laquelle les enseignants sont de moins en moins enclins à se opposer. Elle souligne que, dans les cours en ligne, l'obligation de présence ainsi que les évaluations sont contraires au code de l'éducation. Le syndicat étudiant a diffusé aux étudiants un modèle de courriel pour éviter les sanctions, mais la position du gouvernement soutient ces pratiques.

Poursuivre la mobilisation malgré les fermetures

Sur le terrain, les étudiants ne mâchent pas leurs mots : ces fermetures et ces cours en ligne ont bel et bien un impact. « Oui, cela réduit le nombre de personnes présentes et mobilisées », reconnaît Esther, étudiante en master de littérature et philosophie, également militante de Poing Levé. « Mais la détermination reste réelle. Parce que se rassembler devant l'université, alors que l'université est fermée, témoigne de quelque chose de fort », nuance-t-elle.

Solidarité du personnel et participation à la grève

Comme les jours précédents, les étudiants de Paris 3 se sont réunis en assemblée devant l'université avant de rejoindre la manifestation. Du côté du personnel, la grève a été reconduite à l'unanimité la veille. Comme la semaine dernière, 180 personnes se sont déclarées en grève, rapporte Kamil. Depuis le début du mouvement, le nombre d'adhérents à la CGT au sein de cette université a également augmenté.

Utiliser les vacances scolaires pour faire durer le mouvement

Alors que le gouvernement évoque un « essoufflement » du mouvement et compte sur les vacances scolaires des étudiants, les personnes interrogées refusent de se laisser décourager. « Avec la grande manifestation du samedi 17 octobre, l'idée est de rassembler étudiants, lycéens et salariés. C'est une date auto-organisée, et elle parle vraiment », estime Esther.

Les doctorants rejoignent le mouvement

Cette semaine, une nouvelle catégorie tente de se mobiliser : les doctorants. Sur le plateau de Saclay, une quarantaine de doctorants issus d'une dizaine d'universités et d'écoles se sont réunis pour la première fois en assemblée, le 12 octobre. Trois mesures principales figurent dans leur motion : la fin des violences policières, l'adoption de dix mesures d'urgence et une alerte sur le manque de moyens pour la recherche publique.

Les revendications des doctorants et la coordination

Nina, doctorante en économie, explique comment elle est devenue la porte-parole de cette petite coordination. Elle raconte son expérience lors d'une manifestation à Dijon, où elle a prodigué des soins médicaux à des manifestants blessés. Indignée par ces violences, elle a lancé un appel à manifester à Paris, qui s'est vite transformé en une coordination avec d'autres doctorants du plateau de Saclay.