L’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) a lancé la modernisation de ses installations afin de mieux simuler l’environnement spatial. Ce projet, baptisé HERMES (pour High Energies for the iRradiation of Materials with Electrons and protonS), vise à doter la France d’une nouvelle capacité d’essai pour évaluer la résistance des matériaux et systèmes spatiaux face aux rayonnements. La première phase du projet consiste à concevoir et construire un nouvel accélérateur de protons. Le 25 août 2026, un appel d’offres international a été attribué à la société NEC (National Electrostatics Corp.), basée à Middleton, dans le Wisconsin (États-Unis). L’équipement sera installé sur le site de l’ONERA à Toulouse et devrait être opérationnel d’ici la fin de l’année 2028. Parallèlement, le groupe français Kardham a été chargé de concevoir et superviser l’extension du bunker abritant l’accélérateur, ainsi que les travaux de construction. Depuis plus de quarante ans, les accélérateurs de particules de l’ONERA à Toulouse simulent les effets des rayonnements auxquels sont exposés les matériaux et équipements dans l’espace. Ces installations sont utilisées par l’industrie, les agences spatiales et les organismes de recherche pour étudier le vieillissement des systèmes et leur capacité à fonctionner dans l’espace. Les deux accélérateurs actuellement en service, installés dans les années 1960, doivent être remplacés dans le cadre du programme HERMES, qui vise à améliorer les performances de l’ONERA en termes de niveaux d’énergie, de précision des tests et d’options d’irradiation. À terme, le programme prévoit cinq accélérateurs d’électrons et de protons capables d’atteindre une énergie de 5 MeV, soit le double de la capacité actuelle de 2 MeV. Ces améliorations permettront des simulations plus précises des effets des rayonnements sur les matériaux et composants, facilitant l’évaluation de leur durabilité et de leurs performances dans diverses conditions, y compris en orbite basse et lors de futures missions d’exploration. Les installations toulousaines sont utilisées depuis plus de vingt ans pour tester et qualifier les générateurs solaires des satellites français, ainsi que ceux de nombreux satellites européens et internationaux. L’ONERA souligne notamment les essais des panneaux solaires de la sonde européenne Juice, avant son lancement vers Jupiter. Dans ces programmes, les tests d’irradiation permettent d’évaluer le comportement des équipements face aux particules énergétiques et aux conditions radiatives qu’ils rencontreront durant leur mission. Avec HERMES, l’ONERA entend pérenniser cette capacité d’essai et l’adapter aux besoins croissants du secteur spatial, qu’il s’agisse de l’expansion des constellations de satellites ou des exigences accrues des missions civiles, militaires et d’exploration. Pour l’ONERA, maîtriser la capacité d’étudier et de qualifier la résistance aux rayonnements en France relève de la souveraineté nationale. Ces installations permettent de réaliser des tests sur le territoire français, offrant une expertise indépendante pour les programmes spatiaux. Les nouvelles infrastructures devront répondre aux besoins du secteur spatial civil, mais aussi aux exigences spécifiques des systèmes spatiaux de défense. Elles pourront également servir à préparer des missions nécessitant des équipements capables de fonctionner dans des environnements radiatifs plus extrêmes que ceux de l’orbite basse. Emmanuel Chiva, président-directeur général de l’ONERA, présente HERMES comme un investissement pour préserver les capacités françaises et européennes de simulation de l’environnement spatial. Il souligne que ce programme doit soutenir à la fois les ambitions civiles et militaires dans l’espace, tout en préparant les technologies nécessaires aux futurs systèmes. Le programme HERMES est piloté par l’ONERA avec le soutien de la région Occitanie, de l’autorité de gestion des fonds européens et de la préfecture de la région Occitanie. Le financement comprend 1,62 million d’euros issus du Fonds européen de développement régional (FEDER), 1,5 million d’euros du Fonds national d’aménagement et de développement du territoire (FNADT) et 2,2 millions d’euros des fonds propres de l’ONERA, alloués via l’Agence d’innovation de défense et la Direction générale de l’armement. La mise en service du premier accélérateur à Toulouse d’ici fin 2028 marquera une étape majeure du programme. Les équipements restants permettront ensuite à l’ONERA de disposer d’un ensemble complet d’outils dédiés aux tests de résistance aux rayonnements. Placé sous la tutelle du ministère des Armées, l’ONERA est le centre français de recherche aérospatiale. Il emploie environ 2 200 personnes et disposait d’un budget de 312 millions d’euros en 2025. Ses activités couvrent l’aéronautique, l’espace et la défense, et il collabore avec les pouvoirs publics, les établissements d’enseignement supérieur et l’industrie. L’ONERA contribue au développement technologique, à la réduction des risques dans les programmes industriels, à la formation doctorale et à l’expertise scientifique pour les autorités publiques. Avec HERMES, l’organisme vise à renouveler une infrastructure utilisée depuis des décennies pour tester les équipements spatiaux. Ce programme est essentiel pour maintenir une capacité d’essai stratégique au service des secteurs civil, militaire et scientifique.