Plusieurs organisations du secteur cinématographique ont accusé CGR, deuxième exploitant de salles de cinéma en France, d’avoir annulé des projections du documentaire Fini de rire dans certaines villes. Le film, qui dénonce ce qu’il présente comme la « censure » des humoristes critiques envers le pouvoir et le milliardaire Vincent Bolloré, est sorti en salles le 23 septembre. Dans un communiqué commun, 13 organisations, dont la Société des réalisateurs de films (SRF) et la Société civile des auteurs multimédia (Scam), ont exprimé leur inquiétude face à cette situation. Elles qualifient ces annulations de « extrêmement graves » et mettent en garde contre un risque croissant pour la liberté de programmation dans les cinémas. Les groupes s’alarment également des conséquences pour l’accès du public aux films, en particulier ceux à contenu critique ou politique. Fini de rire, réalisé par Matéo Larroque, Clara Menais et Mila Branco, s’intéresse à la disparition de l’émission satirique Guignols de l’info après la prise de contrôle de Canal+, une chaîne de télévision majeure, par Vincent Bolloré. Le documentaire donne la parole à d’anciens humoristes de Radio France, dont Guillaume Meurice et Thomas VDB, qui étaient associés à l’émission. Selon le communiqué, CGR a annulé la première du film dans les villes de Carcassonne et d’Auxerre. Malgré ces annulations, le documentaire a attiré environ 23 000 spectateurs depuis sa sortie. Contacté par l’AFP, CGR, qui gère 73 cinémas en France, n’a pas immédiatement répondu aux allégations. Florent Coulon, dont la société de production VraiVrai Films distribue Fini de rire, a souligné l’importance de la diffusion du film en salles. Il a indiqué que CGR avait également refusé de projeter le documentaire dans cinq autres villes. « Il est crucial que ce film existe en salles, car il ne sera jamais diffusé sur les chaînes de télévision qu’il critique », a-t-il déclaré. Les organisations cinématographiques ont également fait remarquer que la décision de CGR d’annuler les projections coïncidait avec un récent accord commercial. Elles ont noté que le groupe avait signé un contrat de gestion publicitaire avec Canal+ Brand Solutions, soulevant des questions sur d’éventuels conflits d’intérêts. Les organisations cinématographiques ont appelé CGR à revenir sur sa décision, soulignant le calendrier des annulations par rapport au nouveau partenariat commercial de CGR avec Canal+. Elles estiment que cette situation reflète des préoccupations plus larges concernant l’influence des conglomérats médiatiques sur la distribution de contenus. La polémique a relancé les débats sur l’indépendance de la programmation cinématographique et le rôle des entreprises privées dans l’accès du public à des médias critiques.